08 Supplément - Logia kyriaka
Quelques commentaires sur les logia synoptiques
Nous ne discuterons pas ici la question de savoir quelles paroles Jésus aurait pu prononcer au début de son ministère public, et lesquelles à la fin. Nous examinerons plutôt les logia que le Fondateur n’a pu dire en aucune façon, ni au début de son activité ni à la fin ; ainsi que les paroles qui nous intéressent par leur rapport avec d’autres sources. Nous suivrons l’ordre de l’exposé de Primus.
Avant tout, il nous faut exclure du groupe des logia authentiques ceux qui sont des interpolations connues de la science biblique, tels que : Mt.17:21 ; 18:11 ; 19:9b ; 20:16b ; 21:44 ; 23:14 ; Mc.7:8b,16 ; 9:44,45b,46 ; 11:26 ; 15:28 ; 16:9-20 ; Lc.8:45b ; 9:54b,55b,56a ; 17:36 ; 22:68b ; 23:17 ; et alia.
Les logia qui portent une marque judéo-nationale manifeste se trouvent essentiellement chez Primus. « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël […]. Il n’est pas bon de prendre le pain des enfants (des fils de Dieu, les Israélites. — Iesu 0) et de le jeter aux chiens (aux païens, aux goyim. — Iesu 0) » (Mt.15:24,26). « Ne donnez pas les choses saintes aux chiens et ne jetez pas vos perles devant les porcs, de peur qu’ils ne les foulent aux pieds et que, se retournant, ils ne vous déchirent » (Mt.7:6).
Il y a autant d’arguments contre ces paroles qu’en faveur de l’authenticité de ces logia. Il ne nous reste qu’à conjecturer : ou bien Primus, qui écrivait pour des Juifs, les a composés lui-même et les a insérés dans son Évangile ; ou bien Secundus et Tertius, qui écrivaient pour des non-Juifs, ont exclu de leurs Évangiles ces logia authentiques.
Le discours que Jésus aurait, dit-on, adressé aux apôtres lorsqu’il les envoya prêcher (Mt.10:5 et suiv.) n’appartient pas à Jésus, car les disciples de Jésus ne devinrent apôtres qu’après sa mort (Jn.15:26-27 ; Ac.1:8). Cependant, ce discours remonte à l’enseignement exposé dans la Didachè, enseignement formulé après la mort de Jésus, mais qui possède une tradition très ancienne, remontant directement aux disciples de Jésus. Ainsi, dans la Didachè, il est dit qu’un apôtre ne doit pas rester dans une maison « plus d’un jour ; et, si c’est nécessaire, un autre [jour] ; mais s’il reste trois jours, c’est un faux prophète […]. En partant, que l’apôtre ne prenne rien, sinon du pain jusqu’au lieu où il passera la nuit. S’il demande de l’argent, c’est un faux prophète. Tout prophète qui parle en esprit, vous ne l’éprouverez pas et vous ne le jugerez pas : tout péché sera remis, mais ce péché [ne vous] sera pas remis Comme il ressort du contexte de la Didachè et des récits évangéliques sur l’accusation portée contre Jésus d’agir par la puissance de Béelzéboul et sur le blasphème contre l’esprit saint (Mt.12:22-32 ; Mc.3:20-30 ; Lc.11:14-23 ; 12:10), il s’agit d’une seule et même chose ; probablement, la variante de la Didachè est plus ancienne, et les variantes évangéliques sont des remaniements plus tardifs. Ainsi, les versets sur le non-pardon du blasphème contre l’esprit (Mt.12:31-32 ; Mc.3:28-29 ; Lc.12:10 ; cf. Thom.49) ne sont pas des logia authentiques de Jésus et, naturellement, n’ont aucun rapport avec le processus d’hypostatisation de l’esprit saint. » (Didachè.11:5-7). « Tout vrai prophète qui veut s’établir chez vous mérite sa nourriture. De même, le vrai docteur mérite lui aussi sa nourriture, comme l’ouvrier. C’est pourquoi tu prendras toute prémice du produit du pressoir et de l’aire, des bœufs et des brebis, et tu la donneras aux prophètes ; car ils sont vos grands prêtres. S’il n’y a pas de prophète chez vous, donnez aux pauvres. Si tu prépares de la nourriture, prends-en la prémice […] et donne-la selon le commandement. De même, si tu ouvres une jarre de vin ou d’huile, prends-en la prémice et donne-la aux prophètes. Et de l’argent, des vêtements et de tout bien, prends la prémice, autant qu’il te paraîtra juste, et donne-la selon le commandement » (Didachè.13:1-7). Dans la prétendue Deuxième épître aux Corinthiens de Clément de Rome se trouve encore un autre détail : « Le Seigneur dit : vous serez comme des agneaux au milieu des loups. Pierre lui répond : et si les loups déchirent les agneaux ? Jésus dit à Pierre : les agneaux ne doivent pas craindre les loups après leur mort ; et vous, ne craignez pas ceux qui vous tuent et ne peuvent rien faire [de plus], mais craignez celui qui, après votre mort, a pouvoir sur l’âme et sur le corps, [le pouvoir] de les jeter dans la géhenne de feu » (Ps.-Clem.Ad Corinthios II.5 ; cf. Mt.10:16,28 ; Lc.12:4-5).
Il sera utile de citer les logia qui ne sont probablement pas authentiques, mais qui possèdent une tradition ancienne remontant à Jésus lui-même.
« Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée ; car je suis venu séparer l’homme de son père, la fille de sa mère, et la belle-fille de sa belle-mère. Et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison (cf. Mi.7:6. — Iesu 0). Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; et celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi ; et celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi » (Mt.10:34-38).
« Celui qui ne porte pas sa croix n’est pas mon frère » (Agrapha).
« Je suis venu jeter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il fût déjà allumé ! […] Pensez-vous que je sois venu donner la paix à la terre ? Non, vous dis-je, mais la division ; car désormais cinq dans une même maison seront divisés : trois contre deux, et deux contre trois ; le père sera contre le fils, et le fils contre le père ; la mère contre la fille, et la fille contre la mère ; la belle-mère contre sa belle-fille, et la belle-fille contre sa belle-mère » (Lc.12:49,51-53).
« Il y aura inimitié et discordes » (Agrapha. — Just.Dial.34).
« Jésus a dit : j’ai jeté le feu dans le monde, et voici, je le garde jusqu’à ce qu’il s’embrase » (Thom.10).
« Jésus a dit : peut-être les hommes pensent-ils que je suis venu jeter la paix (εἰρήνη) dans le monde (κόσμος), et ils ne savent pas que je suis venu jeter sur la terre la division, le feu, l’épée, la guerre. Car cinq seront dans une maison : trois seront contre deux et deux contre trois. Le père contre le fils et le fils contre le père ; et ils se tiendront comme des solitaires » (Thom.17).
« Jésus a dit : celui qui n’a pas haï son père et sa mère ne pourra pas être mon disciple, et celui qui n’a pas haï ses frères et ses sœurs et n’a pas porté sa croix comme moi ne deviendra pas digne de moi » (Thom.60 ; cf. Thom.105 ; Lc.14:26-27).
Les paroles : « Celui qui vous reçoit me reçoit, et celui qui me reçoit reçoit celui qui m’a envoyé (Mt.10:40 ; Lc.10:16. — Iesu 0) […]. Tout m’a été remis par mon Père, et personne ne connaît le Fils, sinon le Père ; et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler (Mt.11:27. — Iesu 0) », ne sont pas authentiques ; elles constituent une insertion conforme au type des paroles de Quartus (cf. Jn.3:35 ; 6:46 ; 13:20). Ces logia furent insérés dans les Évangiles synoptiques lorsque l’Évangile selon Jean se fut répandu.
Les paroles contenues dans Mt.12:39-45 et Lc.11:29-32 n’appartiennent pas non plus à Jésus ; l’expression « le Fils de l’homme sera dans le cœur de la terre trois jours et trois nuits » (Mt.12:40) n’a pu naître qu’après l’établissement de la foi en la résurrection de Jésus.
L’épisode situé à Césarée de Philippe (Mt.16:13-17 ; Mc.8:27-30 ; Lc.9:18-21) est probablement historique. Il est remarquable que, selon l’Évangile selon Thomas (Thom.14), le premier à reconnaître en Jésus le Christ n’est pas Pierre, mais Thomas.
Les versets selon lesquels Jésus « devait être mis à mort et devait ressusciter le troisième jour » (Mt.16:21 ; Mc.8:31 ; Lc.9:22) n’appartiennent pas au Fondateur. Jésus pouvait certes pressentir qu’il finirait par périr, et il pouvait même rechercher intentionnellement les dangers ; mais, en tout cas, il faut croire qu’il espérait la victoire, l’aide du Père. Il est difficile de douter que la Seconde Venue soit le fruit des imaginations des premiers chrétiens. Jésus, répétons-le, espérait la victoire et ne disait rien de concret ni sur sa résurrection ni sur la Seconde Venue.
On peut dire la même chose des versets Mt.17:22-23 ; 20:18-19,28 et parall.
L’épisode avec Pierre au sujet du pardon du frère (Mt.18:21-22 ; cf. Evangelium secundum Hebraeos. — Hier.Pel.3:2) est, selon toute vraisemblance, historique. On peut encore ajouter que les disciples de Jésus ne comprenaient pas jusqu’au bout leur Maître. Ainsi, Jésus disait à Pierre qu’il fallait pardonner « jusqu’à soixante-dix fois sept fois (ἕως ἑβδομηκοντάκις ἑπτά) », tandis que Pierre, ou plus vraisemblablement Tertius, comme le remarqua déjà Porphyre Porphyre (232/233 – v. 304) était un Syrien originaire de Tyr ; son nom syrien, Malkh (« roi »), fut par la suite changé en grec en Porphyre. Son ouvrage Contra Christianos (Contre les chrétiens), en quinze livres, à en juger par les témoignages des ecclésiastiques et par les fragments conservés après les autodafés littéraires, était une œuvre remarquable. Les principaux fragments de l’ouvrage de Porphyre ont été conservés chez Macaire Magnès (Macarius Magnes, fin du IVe siècle), qui joua pour Porphyre le même rôle qu’Origène pour Celse, et qui est probablement identique à l’évêque Macaire de Magnésie, participant au concile d’Éphèse de 403 ; voir : Kenyon F. S. Greek Papyri in the British Museum. I–V, 1893–1917, v. 22, p. 575 ; v. 23, p. 455, 553, 939 ; v. 24, p. 339, 513 ; v. 25, p. 491, 495, 504, 530, 573 ; v. 26, p. 56, 178, 310–311 ; ainsi que : Harnack Ad. Die im Apocriticus des Macarius Magnes enthatene Streitschrifi. Texte u. Untersuchungen B XXXVII, H. 4. Leipzig, 1911 ; voir en outre : Augustinus. De civitate dei. XIX.23:1-4 ; Ep.102, c. 2,16,22,28 ; Eus.HE.VI.19:4-8. (Macarius Magnes. Apocriticus.III.21), tua Ananie et Saphire parce qu’ils n’avaient pas donné à l’ecclésie tout l’argent qu’ils possédaient (Ac.5:1-11). Cet épisode n’a guère de caractère historique, mais il reflète les vues des premiers chrétiens.
L’épisode raconté en Mt.19:16-24 ; Mc.10:17-25 ; Lc.18:18-25 est historique. Les paroles de Jésus contenues dans Mt.19:17 ; Mc.10:18 ; Lc.18:19 confirment clairement que Jésus ne se regardait pas comme Dieu. Car le Fondateur donna cette réponse non à un ennemi, pharisien ou sadducéen, soi-disant pour laisser entendre qu’il était, lui Jésus, Dieu, comme les clercs essaient précisément d’interpréter ce verset, mais à un homme favorablement disposé envers lui.
La formation historique de l’Évangile selon Matthieu fut liée à quelques autres rédactions de cette parole, car cet Évangile a subi plus de corrections que les autres ; mais on peut, sans aucun doute, tenir pour paroles authentiques de Jésus la variante que nous trouvons sans variante dans tous les manuscrits de l’Évangile selon Marc : « Pourquoi m’appelles-tu bon ? Nul n’est bon, sinon Dieu seul » (Mc.10:18 ; Just.Apol.I.16). Et, plus probablement encore, le logion authentique se trouve dans le prétendu Évangile du Seigneur, c’est-à-dire l’Évangile selon Luc dans la rédaction de Marcion : « ὁ δέ· μή με λέγε ἀγαθόν. εἷς ἐστιν ἀγαθὸς ὁ θεός ὁ πατήρ ». — « Ne m’appelle pas bon : un seul est bon, Dieu le Père » (Lc.18:19 dans la rédaction de Marcion. — Epiph.Haer.XLII.11).
Je noterai aussi que l’indication de Primus selon laquelle celui qui interroge est un jeune homme contredit l’expression même « je les ai observés depuis ma jeunesse » (Mt.19:20), bien que ces mots soient absents du Codex Vaticanus.
Cet épisode se trouve également dans l’Évangile des Hébreux : « Un autre des deux riches dit : Maître, que dois-je faire de bon pour obtenir la vie éternelle ? Il lui dit : homme, accomplis la Loi et les Prophètes. Il lui répondit : je les accomplis. Alors il lui dit : va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres, puis viens et suis-moi. Mais le riche se mit à se gratter la tête, et ces paroles ne lui plurent pas. Et le Seigneur dit : comment peux-tu dire que tu as accompli la Loi ? Car il est écrit dans la Loi : “aime ton prochain comme toi-même” Ce logion, qui se rencontre aussi ailleurs (Mt.22:39 ; Mc.12:31) et où Jésus cite le commandement vétérotestamentaire : Ἀγαπήσεις τὸν πλησίον σου ὡς σεαυτόν (Lv.19:18 ; cf. Mt.5:43 ; 19:19 ; Jc.2:8 ; Rm.13:9 ; Ga.5:14 ; Thom.30), fut détourné ainsi par un interprète biblique romain : Proximus sum egomet mihi. ; et regarde, beaucoup de tes frères, fils d’Abraham, sont souillés de boue (sic ! — Iesu 0) et meurent de faim, tandis que ta maison est pleine de biens, et rien de tout cela ne leur parvient ? Et il se tourna vers Simon, son disciple, qui était assis près de lui, et dit : Simon, fils de Jonas, il est plus facile à un chameau d’entrer par le chas d’une aiguille qu’à un riche dans le Royaume des cieux » (Orig.Matth.15 ; cf. Herm.Sim.9:20).
En comparant l’Évangile des Hébreux et les Évangiles néotestamentaires, on a l’impression que, premièrement, le texte de l’Évangile des Hébreux est plus judaïsant, avec la mention des fils d’Abraham, et que, deuxièmement, les mots « et tu recevras une récompense dans les cieux » ont été insérés dans le canon dans un texte déjà constitué : après avoir reçu la récompense dans les cieux, « viens et suis-moi » ? Voir : Apocryphes des anciens chrétiens. Moscou, 1989, p. 58.
Le proverbe du chas de l’aiguille se trouve également dans le Talmud (Bav. Talm. Berakhot.55b ; Baba Metsia.38b) et dans le Coran (Coran. Sourate 7, ayat 38[40]). Dans le Talmud, il n’est d’ailleurs déjà plus question d’un chameau, mais d’un éléphant (פִּילָא). « Chas de l’aiguille » (aram. קופא דמחטא) était très probablement le nom d’une porte basse et étroite. Cependant, les chrétiens de langue grecque, ne connaissant pas ce proverbe sémitique, entendaient souvent autrement cette parole dans l’ancienne tradition orale, car les mots grecs chameau (κάμηλος) et corde (κάμιλος) La graphie κάμιλος en Mt.19:24, Mc.10:25 et Lc.18:25 est attestée dans plusieurs minuscules et lectionnaires néotestamentaires médiévaux. avaient presque la même sonorité, ce que favorisait surtout l’itacisme.
Arrêtons-nous maintenant au récit du denier de César (Mt.22:15-22 ; Mc.12:13-17 ; Lc.20:20-26 ; cf. Thom.104 ; Just.Apol.I.17). Les mots : « Reddite quae sunt Caesaris Caesari et quae sunt dei deo » sont dans l’esprit de Jésus. Mais Renan avait déjà noté Renan E. Histoire des Origines du Christianisme. Livre premier : Vie de Jésus. 22 éd. Paris: Calmann Lévy, 1893. P. 361. que ces belles paroles furent consignées après coup, après la mort de Jésus. Le fait est que la souplesse de Rome allait jusqu’à ne pas faire figurer l’image de l’empereur sur les monnaies frappées en Judée, afin de ne pas heurter les coutumes et les conceptions établies chez les Juifs à ce sujet. Sur les monnaies d’Hérode, d’Archélaos et d’Antipas, jusqu’à l’avènement de Caligula en 37, il n’y avait ni le nom ni l’image de César. Sur les monnaies frappées à Jérusalem sous les gouverneurs, avant Caligula, figurait le nom, mais non l’image de l’empereur. Sur les monnaies du tétrarque Philippe figuraient le nom et l’image de César ; cependant, ces monnaies, frappées à Césarée de Philippe, Panéas, étaient purement païennes et n’étaient pas en usage à Jérusalem. D’un autre côté, on peut supposer que les pharisiens possédaient un denier frappé hors de l’État judéen ; mais Jésus ne pouvait pas savoir d’avance qu’on lui apporterait un denier païen, et il ne s’agissait d’ailleurs pas de l’impôt des païens, mais de celui des Juifs. Il existe encore un argument contre l’authenticité du récit du denier de César.
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| Monnaie d’Hérode Archélaos\ 4 av. n. è. — 6 de n. è.\ Bronze. 16,0 mm.\ \ Avers : grappe de raisin et inscription grecque.\ Revers : casque à cimier et inscription grecque en bas. | Monnaie d’Hérode Philippe\ 14 — 34 de n. è.\ Bronze. 18,0 mm.\ \ Avers : profil de Tibère et inscription grecque (son nom et son titre).\ Revers : temple et inscription grecque (nom de Philippe). | Monnaie de Ponce Pilate\ 30 ou 31 de n. è.\ Bronze. 17,0 mm.\ \ Avers : bâton et inscription.\ Revers : couronne et date. | Monnaie de Ponce Pilate\ 31 ou 32 de n. è.\ Bronze. 17,0 mm.\ \ Avers : bâton et inscription.\ Revers : couronne et date. |
Dans le papyrus Egerton (Pap. Egerton) se trouve une variante analogue du récit de l’impôt : « […] Ils vinrent à lui pour l’éprouver, disant : Maître Jésus, nous savons que tu es venu de Dieu, car tu fais ce qui est attesté au sujet de tous les prophètes. Dis-nous donc s’il est permis de donner aux rois ce qui revient à leur autorité. Peut-on donner ou non ? Mais Jésus comprit leur dessein plein d’impiété et leur dit : pourquoi m’appelez-vous maître de vos lèvres et ne faites-vous pas ce que je dis ? (cf. Lc.6:46. — Iesu 0) […] ».
Nous passons maintenant aux paroles antipharisiennes de Jésus. Le Fondateur s’éleva assurément contre les légistes ; toutefois ses discours n’étaient pas aussi agressifs que ceux que nous trouvons dans les Évangiles.
On peut tenir pour authentiques les paroles qui se rencontrent dans tous les Évangiles synoptiques, par exemple : « Jésus leur dit : regardez, gardez-vous du levain des pharisiens […] » (Mt.16:6 ; cf. Mc.8:15 ; Lc.12:1).
On peut également rattacher aux paroles authentiques de Jésus les suivantes : « Les scribes et les pharisiens se sont assis sur le siège de Moïse ; faites donc et observez tout ce qu’ils vous disent d’observer ; mais n’agissez pas selon leurs œuvres, car ils disent et ne font pas : ils lient de lourds fardeaux (et difficiles à porter) et les mettent sur les épaules des hommes, mais eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt ; (Mt.23:2-4 ; cf. Lc.11:46 ; Thom.44. — Iesu 0) toutes leurs œuvres, ils les font pour être vus des hommes ; ils élargissent leurs phylactères τὰ φυλακτήρια : phylactères (grec). Le mot φυλακτήριον signifie, d’une part, le lieu où se tient une garde, un corps de garde, une tour de garde, une salle de garde, une forteresse, une fortification ; d’autre part, un moyen de protection, une amulette, un talisman, plus généralement une protection, un rempart. et allongent les franges de leurs vêtements ; ils aiment aussi les premières places dans les festins, les premiers sièges dans les synagogues et les salutations dans les assemblées publiques […] » (Mt.23:5-7a ; cf. Mc.12:38-39 ; Lc.11:43 ; 20:46). Ici, par phylactères, il faut entendre les totapot (טטָפת), ou t’pillun (תְּפִלִּין), boîtes spéciales contenant des paroles de la Torah écrites sur parchemin ; les Juifs les portaient attachées au front et au bras gauche pour accomplir littéralement les commandements de la Loi (Ex.13:9 ; Dt.6:8 ; 11:18). Par franges des vêtements, il faut entendre ici les tsitsit (צִיצִית), faisceaux rituels de fils que les Juifs portaient sur leurs vêtements (Nb.15:38-39 ; Dt.22:12 ; Jér. Talm. Berakhot.1:2 ; Bav. Talm. Shabbat.25b ; Menahot. 38a–43b).

\ Totapot (phylactères)\ (découvertes de Qumrân)
La parole suivante : « […] et pour que les hommes les appellent : “maître ! maître (Ῥαββί) !” Mais vous, ne vous faites pas appeler maîtres, car vous n’avez qu’un Maître (διδάσκαλος) (— le Christ) Le mot Christ ne se trouve ici dans aucun manuscrit faisant autorité. , et vous êtes tous frères ; et n’appelez personne sur la terre votre père, car vous n’avez qu’un Père, celui qui est dans les cieux ; et ne vous faites pas appeler guides, car vous n’avez qu’un Guide (καθηγητής), le Christ » (Mt.23:7b-10), n’est probablement pas authentique. Premièrement, le mot maître (rabbi) n’avait rien de si majestueux ; même les pharisiens appelaient Jésus de ce titre. Deuxièmement, même l’apôtre Paul ne connaissait pas le commandement selon lequel il ne faudrait appeler personne père (1 Co.4:15). Troisièmement, Jésus ne s’est jamais désigné lui-même par le mot Christ, ou Messie.
Le logion de l’Évangile selon Thomas : « Jésus a dit : malheur à eux, les pharisiens ! Car ils ressemblent à un chien qui dort sur la mangeoire des bœufs. Car il ne mange pas et ne laisse pas les bœufs manger » (Thom.106), est lui aussi difficilement authentique. Comparer la parole de Cicéron : « Nec sibi nec alteri » (De officiis.II.36).
Le logion Mt.23:14 est une interpolation, bien que d’autres synoptiques parlent aussi de dévorer les maisons des veuves (Mc.12:40 ; Lc.20:47).
Les logia : « Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous bâtissez les tombeaux des prophètes et ornez les monuments des justes, et que vous dites : “si nous avions vécu aux jours de nos pères, nous n’aurions pas été leurs complices dans [l’effusion] du sang des prophètes” ; ainsi vous témoignez vous-mêmes contre vous que vous êtes les fils de ceux qui ont frappé les prophètes ; comblez donc la mesure de vos pères » (Mt.23:29-32 ; cf. Lc.11:47-48), ne sont pas dépourvus d’un noyau historique.
Il faut s’arrêter sur cette parole : « Que retombe sur vous tout le sang juste répandu sur la terre Qu’on se rappelle la phrase de Virgile (Publius Vergilius Maro, 70 – 19 av. n. è.) dans la grande Énéide : « Exoriare aliquis nostris ex ossibus ultor » (Vergilius Maro. Aeneis.IV.625). , depuis le sang d’Abel le juste jusqu’au sang de Zacharie, fils de Barachie, que vous avez tué entre le sanctuaire et l’autel » (Mt.23:35). Il s’est produit ici une confusion, que l’on rencontre aussi dans le Targum dit de Jonathan, entre Zacharie, fils de Yoyada, comme il est écrit dans la Septante (2 Ch.24:20), ou plus exactement Y’hoyada (זְכַרְיָה בֶּן־יְהוֹיָדָע), et Zacharie, fils de Barachie (cf. Protevangelium Jacobi.23). Il s’agit du premier. L’Évangile des Hébreux affirme la même chose ; Jérôme indique : « Dans l’Évangile dont se servent les Nazaréens, au lieu de fils de Barachie, il est écrit fils de Yoyada » (Hier.Matth.23:35). Le livre des Dibrei hayyamim, où est raconté le meurtre de Z’karya ben-Y’hoyada (= 2 Ch.24:20-22), clôt le canon juif. Ce meurtre est le dernier dans la tradition des meurtres d’hommes justes, disposée dans l’ordre où ils apparaissent dans la Bible massorétique. Le premier nommé est le meurtre de Hebel, Abel.
Les paroles Mt.23:13,16-26 ; Lc.11:39-42,47,52 ; 16:15 sont, selon toute vraisemblance, authentiques. En revanche, le logion : « Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui parcourez la mer et la terre pour faire un seul prosélyte ; et, quand il l’est devenu, vous en faites un fils de la géhenne deux fois pire que vous » (Mt.23:15), n’appartient pas à Jésus. Premièrement, parce qu’un prosélyte juif était plus facile à convertir au christianisme ; deuxièmement, parce que la propagande juive était interdite.
Ainsi, Cornelius Tacite écrit : « On discuta aussi de l’expulsion des cultes égyptien et juif, et un sénatus-consulte fut adopté en 19 de n. è. — Iesu 0 : quatre mille affranchis contaminés par cette superstition et d’âge utile seraient transportés en Sardaigne pour y réprimer le brigandage local, et il n’y aurait pas grande perte s’ils y périssaient sous un climat malsain ; les autres devaient quitter l’Italie si, avant un jour fixé, ils n’abandonnaient pas leurs rites impies » (Tac.Ann.II.85).
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| Empereur Caligula | Empereur Claude |
Caligula, au contraire, autorisa la propagande juive et les collegia illicita (_Dio Cass._LX.6) ; mais Claude interdit de nouveau les associations secrètes et expulsa les Juifs de Rome (Suet.Claudius.25). En outre, en 1920, on découvrit à Philadelphie un papyrus (Pap. Lond. 1912) contenant l’édit du préfet d’Égypte par lequel celui-ci publiait le rescrit de l’empereur Claude, de l’année 41, adressé aux Alexandrins à propos des affrontements sanglants survenus peu auparavant entre les Juifs d’Alexandrie et les Hellènes Bell H. I. Jews and Christians in Egypt: The Jewish Troubles in Alexandria and the Athanasian Controversy. Illustrated by Texts from Greek Papyri. Oxford, 1924, p. 23 sqq. . Claude prescrit aux Alexandrins de mettre fin aux violences et de faire désormais preuve de tolérance envers les Juifs. Puis, s’adressant aux Israélites, il leur prescrit de ne pas rechercher de nouveaux privilèges et de ne plus envoyer d’ambassades à César On connaît l’ambassade juive auprès de Caligula, conduite par Philon (Philo.Leg. ad Gaium.18-30). . Vivant dans une ville étrangère, conclut Claude, que les Juifs « ne fassent plus venir ni n’accueillent des Juifs qui descendent par mer de Syrie ou d’Égypte, ce qui me conduira nécessairement à concevoir de plus graves soupçons. À défaut, je les poursuivrai par tous les moyens comme excitant une sorte de maladie commune à tout le monde habité (μηδὲ ἐπάγεσθαι ἢ προσείεσθαι ἀπὸ Συρίας ἢ Αἰγύπ<τ>ου καταπλέοντας Ἰουδαίους, ἐξ οὗ μείζονας ὑπονοίας ἀνανκασθήσομε λαμβάνειν· εἰ δὲ μή, πάντα τρόπον αὐτοὺς ἐπεξελεύσομαι καθάπερ κοινήν τεινα τῆς οἰκουμένης νόσον ἐξεγείροντας) » Select Papyri. Ed. A. S. Hunt and C. C. Edgar. Vol. 2. Loeb Classical Library. London: William Heinemann LTD, 1963. P. 78–89. .τ>
À ce même sujet, je rappellerai les paroles de Celse : « Les Juifs viennent d’Égypte ; ils ont quitté l’Égypte en se soulevant contre l’État égyptien et en méprisant la religion reçue en Égypte ; [et voici que] ce qu’ils ont fait aux Égyptiens, ils l’ont [eux-mêmes] subi de la part des partisans de Jésus, qui ont cru en lui comme Christ ; dans les deux cas, la cause de l’innovation fut une révolte contre l’État […]. Les Juifs, qui étaient Égyptiens, prirent naissance [comme nation distincte] par une rébellion, et, devenus [ensuite] Judéens, ils se soulevèrent au temps de Jésus contre l’État judéen et suivirent Jésus […]. [Ils sont toujours conduits par le seul esprit de révolte, et] si tous les hommes voulaient devenir chrétiens, ceux-ci ne voudraient déjà plus [rester chrétiens] » (Celse chez Origène. — Orig.CC.III.5,7,9).
La parole : « Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous ressemblez à des tombeaux blanchis, qui paraissent beaux au-dehors et qui, au-dedans, sont pleins d’ossements de morts et de toute impureté ; ainsi, vous aussi, au-dehors vous paraissez justes aux hommes, mais au-dedans vous êtes remplis d’hypocrisie et d’iniquité » (Mt.23:27-28 ; cf. Lc.11:44), est probablement authentique.
Comme les tombes étaient considérées comme impures chez les Juifs, on les blanchissait ordinairement à la chaux en guise d’avertissement, afin qu’on ne s’en approche pas (Mishna. Maaser Sheni.5:1 ; Shekalim.1:1 ; Jér. Talm. Shekalim.1:4 ; Sota.9:1 ; Bav. Talm. Baba Batra.58a ; Baba Metsia.45b).
La parole : « Serpents, race de vipères ! comment échapperez-vous à la condamnation de la géhenne ? » (Mt.23:33), est une répétition des mots de Jean-Baptiste (Mt.3:7).
Le chapitre 24 de l’Évangile selon Matthieu, le chapitre 13 de l’Évangile selon Marc et le chapitre 21 de l’Évangile selon Luc sont, dans leur fond, un recueil de paroles qui n’appartiennent pas à Jésus. L’expression « voici, [il est] dans le désert » (Mt.24:26) donne lieu de supposer que ce verset est né vers l’an 56 (Jos.AJ.XX.8:6). Cependant, ces chapitres contiennent de nettes indications de la destruction de Jérusalem ; ils sont donc apparus après 70. En outre, ils contiennent des allusions aux persécutions des chrétiens par les païens. Il est probable que ces chapitres, en tout cas dans le premier et le troisième Évangile, se soient entièrement constitués sous le règne de Domitien.





