01 Introduction
5. Évangile selon Jean
Il n’est pas impossible que, vers 64-65 La tradition selon laquelle Jean, avant son exil, aurait été plongé dans une chaudière d’huile bouillante (Tert.Praescr. haer.36 ; Hier.Matth.20:23) remonte peut-être à des événements liés, d’une manière ou d’une autre, aux persécutions de Néron. , l’apôtre Jean, fils de Zébédée, ait été exilé par les autorités romaines sur l’île de Patmos pour son activité missionnaire (Ap 1:9) Renan affirme toutefois, non sans raison, qu’un tel exil n’a pu avoir lieu (Renan E. Histoire des Origines du Christianisme. Livre quatrième : L’Antechrist. Paris: Michel Lévy frères, 1873. P. 374). ; puis, peut-être sous l’empereur Nerva (96-98) (Eus.HE.III.20:8-9), il se serait installé à Éphèse (Eus.HE.III.20:9) « L’ecclésie d’Éphèse, fondée par Paul et ayant eu Jean parmi elle jusqu’aux temps de Trajan, est le vrai témoin de la tradition apostolique » (Iren.Haer.III.3:4). , capitale de la province d’Asie en Asie Mineure, et y serait mort de mort naturelle sous le règne de Trajan (98-117) (Iren.Haer.II.33:3[22:5]) ; selon Jérôme, soixante-huit ans après la Passion du Seigneur (Hier.De viris ill.9).
Polycarpe (Πολύκαρπος), proche disciple de Jean, qui cite les synoptiques, ne laisse dans son Épître aux Philippiens aucun indice montrant qu’il connaissait l’Évangile selon Jean. Papias, lui aussi rattaché à l’école de Jean et, s’il ne fut pas son disciple (ἀκουστής, « auditeur »), comme l’affirme Irénée (Iren.Haer.V.33:4), du moins en relation fréquente avec ses disciples directs, Papias donc, qui recueillait les récits oraux concernant Jésus, ne dit, à notre connaissance, pas un mot d’une « vie de Jésus » écrite par l’apôtre Jean. Le fait est d’autant plus significatif que Papias, évêque d’Asie Mineure et ami de Polycarpe (Iren.Haer.V.33:4), aurait pu disposer d’informations précises sur un apôtre qui vécut longtemps à Éphèse. Justin connaissait peut-être le quatrième Évangile (Just.Apol.I.32,61 ; Dial.88), mais ne le considérait probablement pas comme une œuvre apostolique, car, dans toutes les questions où les synoptiques et le quatrième Évangile divergent, il adopte le point de vue opposé à celui de ce dernier. Chez Justin, comme dans l’Évangile selon Jean, le Logos est le principe divin dans le Christ ; toutefois, on ne rencontre pas encore chez Justin le mot Paraclet Le mot grec παράκλητος peut se traduire à la fois par « défenseur » et par « consolateur ». — Jn 14:26 ; cf. Tert.De pudicitia.21. , si caractéristique du quatrième Évangile, et par lequel est désigné le saint Esprit.
La première mention selon laquelle l’apôtre Jean aurait écrit son Évangile à Éphèse remonte aux années 170. Ainsi, après avoir rappelé que Luc consigna son Évangile d’après les paroles de Paul, Irénée affirme : « Ensuite Jean, le disciple du Seigneur, celui qui reposait sur sa poitrine (Jn 13:23,25 ; 21:20. — Iesu 0), publia lui aussi l’Évangile, alors qu’il demeurait à Éphèse d’Asie » Ἔπειτα Ἰωάννης, ὁ μαθητὴς τοῦ κυρίου, ὁ καὶ ἐπὶ τὸ στῆθος αὐτοῦ ἀναπεσών, καὶ αὐτὸς ἐξέδωκεν τὸ εὐαγγέλιον, ἐν Ἐφέσῳ τῆς Ἀσίας διατρίβων (Iren.Haer.III.1:2[1:1] ; Eus.HE.V.8:4). . Irénée ne précise cependant pas s’il tenait cela de Polycarpe, son maître et disciple de Jean (Iren.Haer.II.2:4[2:5] ; Eus.HE.V.23,24,25,29,42). À peu près à la même époque, l’évêque d’Antioche Théophile (Eus.HE.IV.24:1) affirma lui aussi positivement que l’auteur du quatrième Évangile était Jean : ἐξ ὧν Ἰωάννης λέγει· Ἐν ἀρχῇ ἦν ὁ λόγος, καὶ ὁ λόγος ἦν πρὸς τὸν θεόν (Theophilos.Ad Autolycum.II.22) Voir : Théophile, évêque d’Antioche. À Autolycus. Moscou, 1865. . Le Canon de Muratori confirma la même chose vers l’an 200 (lignes 9 et suiv.).
Cependant, Denys d’Alexandrie Denys (Διονύσιος) fut évêque d’Alexandrie (246-265), disciple d’Origène ; il souffrit pendant les persécutions des empereurs Dèce et Valérien, et passa trois ans en captivité. Voir : Saint Denys le Grand, évêque d’Alexandrie. Œuvres. Kazan, 1900. (Eus.VII.25:1-27) parvint à établir l’hétérogénéité complète de l’Évangile selon Jean et de l’Apocalypse (Révélation de Jean) ; la philologie moderne, par une analyse lexicale minutieuse, a montré que, si l’apôtre Jean est l’auteur de l’Évangile, il ne pouvait être l’auteur de l’Apocalypse, et inversement. Du point de vue religieux, ces deux livres occupent les pôles les plus opposés que puissent occuper des écrits néotestamentaires. L’Apocalypse, où le paganisme, c’est-à-dire ce qui ne relève pas du judaïsme, est présenté comme un principe antichrétien (Ap 2:9 ; 3:9), est le livre le plus judaïsant du Nouveau Testament ; tandis que l’auteur de l’Évangile selon Jean, où le mot « Juif » devient presque synonyme d’« ennemi de Dieu », est encore plus étranger au judaïsme que l’apôtre Paul. Il est difficile d’imaginer opposition plus tranchée que celle qui sépare l’auteur de l’Apocalypse, pour qui Jérusalem, même « nouvelle » (καινή), est le centre du Royaume du Christ (Ap 21:2,10 et suiv.), de l’auteur du quatrième Évangile, où Jésus récuse l’importance de Jérusalem et du mont Garizim et plaide pour l’adoration de Dieu « en esprit et en vérité » (Jn 4:21,23).
Celui qui appela Jean l’apôtre de l’amour avait évidemment en vue seulement l’Évangile et la Première épître ; s’il avait lu l’Apocalypse, il aurait dû l’appeler l’apôtre de la colère et de la vengeance. Jean fut probablement l’auteur de l’Apocalypse, ou de sa partie principale, et non de l’Évangile. Le fait qu’avec son frère il ait demandé les premières places dans le Royaume du Messie (Mt 20:20-22) peut s’expliquer par son point de vue juif et profane. Si l’on se souvient de la proposition des deux frères, fils de Zébédée, de faire descendre le feu du ciel sur un village samaritain (Lc 9:54), et du surnom qui leur fut donné, Fils du tonnerre, Βοανηργές = בְּנֵי־רָגֶשׁ (Mc 3:17), on peut supposer avec confiance que le zèle et l’ardeur formaient un trait caractéristique des deux frères ; ce trait se retrouve chez l’auteur de l’Apocalypse, qui parle d’étangs de feu bouillonnant de soufre (Ap 19:20 ; 20:10,14-15 ; 21:8). Jean se distinguait probablement par une extrême intolérance, qu’il manifesta par exemple, selon les Évangiles, lorsqu’il protesta contre un homme qui chassait les démons au nom de Jésus (Mc 9:38 ; Lc 9:49). Et si l’on en croit Irénée, qui, s’appuyant sur Polycarpe, affirme que Jean nourrissait une haine fanatique contre l’hérétique Cérinthe Ailleurs, Irénée écrit : « Un certain Cérinthe (Κήρινθος), instruit en Égypte, enseignait que le monde n’avait pas été créé par le Premier Dieu (ἔλεγεν οὐχ ὑπὸ τοῦ πρώτου [θεοῦ] γεγονέναι τὸν κόσμον), mais par une puissance très éloignée de ce Premier Principe suprême et ignorante du Dieu Très-Haut. Jésus, disait-il, n’était pas né d’une Vierge, car cela lui paraissait impossible, mais il était, comme tous les hommes, fils de Joseph et de Marie, et se distinguait de tous par la justice, la prudence et la sagesse. Après le baptême, le Christ descendit sur lui depuis le Premier Principe suprême sous la forme d’une colombe ; ensuite il annonça le Père inconnu et accomplit des miracles ; enfin le Christ se sépara de Jésus (ἀποστῆναι τὸν Χριστὸν ἀπὸ τοῦ Ἰησοῦ), et Jésus souffrit et ressuscita. Quant au Christ, étant spirituel, il demeura étranger aux souffrances » (Iren.Haer.I.21:1[26:1]). : « Il y en a qui l’ont entendu dire (Polycarpe. — Iesu 0) que Jean, disciple du Seigneur, étant entré aux bains et y ayant vu Cérinthe, en sortit sans se laver et dit : “Fuyons, de peur que les bains ne s’écroulent, car Cérinthe, l’ennemi de la vérité, s’y trouve” » (Iren.Haer.III.3:4 ; cf. Eus.HE.III.28:6), il faut donc admettre que ce trait de caractère se conserva chez Jean jusque dans son grand âge.
Une histoire conservée en Asie Mineure et rapportée par Eusèbe d’après la lettre d’Irénée à l’évêque de Rome Victor peut aussi servir de preuve de l’origine non apostolique du quatrième Évangile : dans la seconde moitié du IIe siècle, des divergences apparurent entre les communautés chrétiennes d’Asie Mineure et de Rome au sujet du jour où il fallait célébrer l’eucharistie pascale Du grec εὐχαριστία, « action de grâce », « reconnaissance ». . Dans cette controverse, discutée pour la première fois vers 160 Voir Annexe 3. , la communauté romaine défendait la règle selon laquelle Pâque devait être célébrée le dimanche suivant la Pâque juive ; Polycarpe, au contraire, défendait l’usage d’Asie Mineure, qui célébrait Pâque le jour où les Juifs mangeaient leur agneau pascal, c’est-à-dire le 14 nisan (en pratique, après le coucher du soleil, car chez les Juifs commençait alors déjà le quinzième jour de nisan). Polycarpe invoquait le fait que c’est ce jour-là qu’il avait célébré Pâque « lorsqu’il vivait avec Jean, disciple de notre Seigneur » (Eus.HE.V.24). Or, d’après le témoignage du quatrième Évangile, Jésus ne mangea pas du tout la Pâque avant sa mort : il tint son dernier repas un jour calendaire plus tôt. L’auteur de cet Évangile n’avait donc aucune raison d’insister pour que l’eucharistie fût célébrée un jour où, selon ses propres paroles, Jésus ne prenait déjà plus le repas, mais souffrait et mourait. Au contraire, la « règle » de Jean dont témoigne Polycarpe correspond à ce que rapportent les trois premiers Évangiles.
Il est en outre difficile de supposer que l’apôtre Jean ait si bien connu la philosophie alexandrine et, en particulier, philonnienne. Je ne parle même pas du fait que Jean, d’après les synoptiques, était un homme d’humble origine, pêcheur galiléen ; seule l’affirmation très douteuse du quatrième Évangile (Jn 18:16) le dit connu du beau-père du grand prêtre. D’après le témoignage des épîtres de Paul et des Actes des apôtres, Jean était étranger à une telle érudition, qu’il n’aurait pu acquérir que plus tard, probablement en Asie Mineure. Or, vers 68, c’est là, semble-t-il, qu’il écrivit l’Apocalypse, où l’on n’observe ni l’esprit qui émane de l’Évangile ni les traces d’une érudition alexandrine. Le verset 13 du chapitre 19 de l’Apocalypse ne peut nous servir d’autorité fiable : premièrement, il ne suffit pas pour affirmer que l’auteur de l’Apocalypse subissait l’influence du philonisme ; deuxièmement, ce verset paraît être une interpolation conforme au système d’exposition du quatrième Évangile. Il ne faut pas oublier que tous les écrits néotestamentaires furent, à des degrés divers, corrigés et augmentés jusqu’au IVe siècle (Celse chez Origène. — Orig.CC.II.27 ; Denys chez Eusèbe. — Eus.HE.IV.23:12), époque où le canon fut établi ; et parfois, comme pour les versets 1 Jn 5:7-8 du texte reçu La tentative de donner aux paroles de Tertullien « Qui tres unum sunt, non unus » (Tert.Adversus Praxean.25:1) le statut d’une citation néotestamentaire (cf. 1 Jn 5:7) est sans fondement. , jusqu’au XVe siècle, voire jusqu’en 1516, lorsque Érasme de Rotterdam publia à Bâle le textus receptus (« texte reçu », ou « texte majoritaire ») de la Bible. Une chose est certaine, et les savants laïques comme les savants cléricaux en conviennent : nous ne possédons aucun texte original de la Bible, c’est-à-dire qu’aucun des manuscrits connus de nous « n’a conservé le texte original dans sa forme première » Metzger Bruce M. Textologie du Nouveau Testament. Moscou: Institut biblique et théologique Saint-André, 1996, p. 173. .
De tout ce qui précède, il résulte que l’apôtre Jean ne pouvait être l’auteur du quatrième Évangile. J’appellerai donc désormais celui-ci Quartus Par les pronominations Primus, Secundus, Tertius et Quartus, on peut entendre non seulement les auteurs des Évangiles, mais aussi leurs rédacteurs. Dans ce travail, je ne me suis pas fixé pour tâche de distinguer nettement l’image collective de Quartus (Primus, Secundus, Tertius) en Quartus (Primus, Secundus, Tertius) auteur, Quartus (Primus, Secundus, Tertius) rédacteur 1, Quartus (Primus, Secundus, Tertius) rédacteur 2, etc. (du latin quartus, « quatrième »).
Il faut noter que la Première épître attribuée à Jean appartient très probablement au même auteur que le quatrième Évangile (Iren.Haer.III.17:5[16:5] ; Hier.De viris ill.9). Selon un témoignage d’Eusèbe, il est vrai contestable, Papias se servait de la Première épître de Jean (Eus.HE.III.39:17).
Quant à l’Apocalypse, son authenticité n’est pas non plus incontestable. Si l’on ne tient pas compte des témoignages de l’Apocalypse elle-même (Ap 1:1-2,4-6,8 ; 22:8), le premier témoignage connu de nous affirmant que l’auteur de l’Apocalypse est l’apôtre Jean est celui de Justin : « Chez nous, un certain Jean, l’un des apôtres du Christ, a prédit, dans la Révélation qui lui fut donnée, que les croyants en notre Christ vivraient à Jérusalem pendant mille ans, et qu’après cela aurait lieu la résurrection générale, en un mot éternelle, de tous ensemble, puis le jugement » (Just.Dial.81). Cependant, en 1882, le théologien allemand D. Völter conclut que la Révélation de Jean représente le remaniement répété d’un écrit de base par différents auteurs entre 66 et 110. Selon le théologien allemand E. Vischer, l’Apocalypse est la reprise d’un écrit judaïsant par un rédacteur chrétien ; le théologien français L. O. Sabatier et le théologien allemand H. Schön pensaient au contraire que des éléments judaïsants avaient été insérés dans un écrit chrétien. Le théologien allemand J. Weyland distinguait deux sources judaïsantes de l’époque de Néron (54-68) et de Titus (79-81), puis une rédaction chrétienne sous Trajan (98-117) ; le théologien allemand F. Spitta y voyait un écrit chrétien fondamental composé en 60, deux sources judaïsantes et un rédacteur chrétien sous Trajan ; C. Schmidt, trois sources judaïsantes et deux rédacteurs chrétiens ; Völter lui-même, dans un nouvel ouvrage de 1893, un Apocalypse primitif de 62 et quatre rédactions sous Titus, Domitien (81-96), Trajan et Hadrien (117-138) Kautsky Karl. Der Ursprung des Christentums: eine historische Untersuchung. Stuttgart: Dietz, 1908. S. 10-11. .
De nombreux chercheurs datent l’Apocalypse de 93, car c’est à cette année que se rapporte l’édit de l’empereur Domitien dont parle Suétone (Suet.Domitianus.2) : « Un jour, voyant le vin abonder mais le blé manquer, il (Domitien. — Iesu 0) pensa que le zèle pour la viticulture faisait négliger les champs et publia un édit interdisant à quiconque de planter de nouvelles vignes en Italie, et ordonnant que, dans les provinces, on coupe les vignes en n’en laissant tout au plus que la moitié. Mais il n’insista pas pour que l’ordre fût exécuté ». Selon Philostrate, dans la Vie d’Apollonios (_Flavius Philostratus._Vita Apollonii.VI.42), les Ioniens envoyèrent à ce propos une députation à Domitien et obtinrent l’abrogation de l’édit. On rapproche de cela le passage de l’Apocalypse (Ap 14:18 et suiv.) où il est ordonné à l’ange de couper les « grappes de la vigne de la terre ».
F. Engels date la Révélation de Jean avec une précision de six mois : seconde moitié de 68, jusqu’en janvier ou, à la rigueur, jusqu’en avril 69 Marx K., Engels F. Œuvres. 2e éd., t. 22, p. 475-489. . L’auteur de l’Apocalypse décrit en effet une bête à sept têtes, dont les sept têtes sont « sept rois : cinq sont tombés, l’un est, l’autre n’est pas encore venu, et quand il sera venu, il doit rester peu de temps. Et la bête qui était et qui n’est plus est elle-même un huitième, et elle est du nombre des sept, et elle va à la perdition » (Ap 17:8-11). Les cinq rois tombés sont les empereurs romains Auguste, Tibère, Caligula, Claude et Néron. Le sixième roi, qui règne encore, est l’empereur Galba Le symbolisme selon lequel chacune des têtes désigne un empereur était répandu (Flavius Philostratus. Vita Apollonii.V.13 ; Tac.Ann.XV.47). . L’auteur prévoit la disparition prochaine du sixième et du septième empereur, auxquels succédera un huitième, déjà venu auparavant. L’une des têtes de cette bête était « comme blessée à mort, mais sa plaie mortelle fut guérie » (Ap 13:3). Il semble qu’il s’agisse ici de l’empereur Néron, qui se suicida, mais dont la rumeur disait qu’il avait survécu et qu’il rassemblait quelque part des forces pour reconquérir le trône. Que la bête à venir désigne précisément Néron est confirmé de façon convaincante par le déchiffrement de son fameux nombre, « six cent soixante-six » (Ap 13:18). Ce déchiffrement fut donné par le professeur berlinois F. Benary, dont Engels avait suivi les cours. En hébreu, on utilisait les lettres de l’alphabet pour noter les chiffres et les nombres. Le titre et le nom de Néron, César Néron (קֵסַר נֵרוֹן), se déchiffrent ainsi : ק = 100, ס = 60, ר = 200, נ = 50, ר = 200, ו = 6, ן = 50 ; soit : 100 + 60 + 200 + 50 + 200 + 6 + 50 = 666. C’est ainsi que les anciens chrétiens déchiffraient ce nombre. En outre, comme en témoigne Irénée (Iren.Haer.V.30:1), beaucoup d’hérétiques du IIe siècle écrivaient le nom de Néron non pas à la manière hébraïque, mais selon la forme latine originale, où, conformément à la grammaire latine, le n nasal de la base disparaît (Nero) ; ces hérétiques écrivaient donc le nom de Néron non comme נרון, mais comme נרו, et le « nombre de la bête » devenait exactement inférieur de 50 : 616. Ainsi, la bête à venir, dont le nombre est 666, n’est autre que l’empereur Néron revenu à la vie, et le livre fut écrit sous le règne du sixième empereur, Galba, qui dura de juin 68 à janvier 69.
Il semble que la partie principale de l’Apocalypse ait été écrite sous le règne de Galba (Ap 17:10a), mais qu’elle ait été remaniée peu après, en 69-70 (Ap 17:10b). La rédaction suivante eut très probablement lieu après la destruction de Jérusalem (Ap 11:2), puis sous Domitien vers 93 (Ap 14:18-20 ; cf. Suet.Domitianus.2). Il y eut ensuite au moins une autre rédaction sous Trajan, en 111-113 (Ap 13:7-15 ; cf. Plinius Secundus. Epist.X.96). En tout cas, on peut affirmer ceci avec certitude : la Révélation de Jean fut écrite dans les années 60 du Ier siècle et subit des rédactions répétées jusqu’au règne de Trajan, voire d’Hadrien. L’auteur du cinquième livre des Oracles sibyllins (Oracula Sibyllina.V.155-161), vers 117, connaissait déjà l’Apocalypse.
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| Titus | Trajan | Hadrien |
Certaines traditions (Eus.HE.III.39) placent près de Jean, dans ses derniers jours, un homonyme, le presbytre (πρεσβύτερος Ἰωάννης) Πρεσβύτερος [pres-by-té-ros] : « ancien », « vieillard ». , qui aurait parfois écrit sous sa dictée et même rédigé la Deuxième et la Troisième épîtres de Jean (Hier.De viris ill.9). À cet égard, la signature initiale articulée ΟΠΡΕΣΒΥΤΕΡΟΣ (2 Jn 1 ; 3 Jn 1) donne à réfléchir. Pourtant, l’historicité de ce Presbytre Jean n’est pas suffisamment établie. Les mots πρεσβύτερος Ἰωάννης, qu’Eusèbe extrait du texte de Papias, pouvaient désigner Jean fils de Zébédée lui-même, car Papias appliquait aussi le mot presbytre aux apôtres Renan E. Histoire des Origines du Christianisme. Livre premier : Vie de Jésus. 22e éd. Paris: Calmann Lévy, 1893. P. LXXII-LXXIII. . Il faut alors supposer, il est vrai, que les mots ἢ τὶ Ἰωάννης (« ou ce que Jean ») sont une interpolation, car le fragment de Papias cité par Eusèbe distingue nettement les deux Jean : « Je ne tarderai pas non plus à joindre à mes interprétations Il s’agit de l’ouvrage de Papias, Exposition des paroles du Seigneur (κυριακῶν λογίων ἐξηγήσις), en cinq livres (Eus.HE.III.39:1). ce que j’ai bien appris des presbytres (τῶν πρεσβυτέρων) et bien retenu, pour confirmer la vérité […]. Lorsque venait quelqu’un qui avait fréquenté les presbytres, je l’interrogeais sur les propos des presbytres : ce qu’André avait dit, ou ce que Pierre avait dit, ou ce que Philippe, ou Thomas, ou Jacques, ou ce que Jean, ou Matthieu, ou quelque autre des disciples du Seigneur ; et aussi ce que disent Aristion et le presbytre Jean (πρεσβύτερος Ἰωάννης), disciples du Seigneur » (Eus.HE.III.39:3-4).
L’opinion répandue selon laquelle le Presbytre Jean serait l’auteur de l’Évangile selon Jean et des trois épîtres du même nom me paraît très douteuse. Même si l’on admet que le Presbytre Jean fut un personnage historique et que la Deuxième et la Troisième épîtres de Jean appartiennent à sa main, il reste encore à prouver que l’auteur de ces deux épîtres et l’auteur de l’Évangile et de la Première épître ne font qu’une seule et même personne…
Dans l’Évangile selon Jean se dessinent clairement deux strates hétérogènes : une tradition ancienne et un rédacteur plus tardif. D’un côté, le quatrième Évangile rapporte que, dans les dernières années de sa vie, Jésus se rendit plusieurs fois à Jérusalem ; ce fait est peut-être vrai (Lc 13:34) Dans les codex Sinaïticus et Vaticanus, au verset 44 du chapitre 4 de l’Évangile selon Luc, il est dit que Jésus prêchait dans les synagogues de Judée (τῆς Ἰουδαίας), et non de Galilée (τῆς Γαλιλαίας), comme dans des codex plus tardifs et dans la traduction synodale. : il suffit de connaître les lois juives (Ex 23:17 ; 34:23 ; Dt 16:16). C’est précisément Quartus qui connaît mieux que les synoptiques les fêtes juives et leurs usages (voir par exemple Jn 18:28) ; il rapporte la participation de Hanne (Anne) à l’accusation portée contre Jésus (Jn 18:13) ; c’est encore l’auteur du quatrième Évangile qui possède dans son vocabulaire des mots hébreux (voir par exemple Jn 19:13) et réfute toute la fantaisie de Luc (Lc 1:36) sur la parenté de Jésus avec Jean le Baptiste, en mettant dans la bouche de ce dernier la phrase : « Je ne le connaissais pas » (Jn 1:31,33).
De nombreux chercheurs voient aussi, derrière de petits détails comme « il était environ la sixième heure » (Jn 4:6), « il faisait nuit » (Jn 13:30), « il faisait froid » (Jn 18:18), etc., le témoignage d’un témoin des événements décrits. Je suis toutefois arrivé à la conclusion que ces détails furent insérés dans le texte par le rédacteur afin de donner aux faits un caractère d’historicité, car ces « petits détails » tout à fait vraisemblables accompagnent d’ordinaire des événements très douteux.
Néanmoins, comme nous l’avons montré, une tradition ancienne se fait sentir dans le texte
Dodd C. H. Historical Tradition in the Fourth Gospel. Cambridge: Cambridge University Press, 1963.
. D’un autre côté, Quartus parle d’une Béthanie au-delà du Jourdain (Jn 1:28), inconnue par ailleurs
Dans l’Évangile, sur la proposition d’Origène, Béthanie fut corrigé en Bethabara (Βηθαβαρᾶ [bêthabara]), mais les manuscrits anciens portent Βηθανία [bêthania]. Ces mots sont proches par le sens : Bethabara est un calque grec de l’hébreu בֵּית־עֲבָרָה [bêth abara], « lieu (maison) du passage » (cf. Jg 7:24. — בֵּית־בָּרָה [bêth bara]) ; _Bethania_ est un calque grec de l'hébreu בֵּית־אֳנִיָּה [bêth oniyyah], « lieu (maison) du bateau (bac) ». Les Évangiles mentionnent encore une autre Béthanie (Bethania), près de Jérusalem (Mt 21:17 ; 26:6 ; Mc 11:1,11-12 ; 14:3 ; Lc 19:29 ; 24:50 ; Jn 11:1,18 ; 12:1) ; cette Βηθανία est toutefois un calque grec de l'hébreu בֵּית־עַנְיָה [bêth anyah], « maison du pauvre » (?).
, et parle du grand prêtre « cette année-là » (Jn 11:51 ; 18:13), comme si la charge de grand prêtre était renouvelée chaque année. À côté de sa connaissance des lois juives, Quartus ignore que ce n’est pas « Moïse [qui] a donné […] la circoncision » aux Juifs (Jn 7:22), mais Yahvé par Abraham (Gn 17:10-14) ; il ignore que les prophètes Nahum et Jonas étaient originaires des régions septentrionales d’Israël (Jn 7:52).
Il est en outre difficile d’expliquer comment, à côté de certaines informations exactes sur la vie de Jésus, l’Évangile selon Jean contient des paroles totalement différentes de celles que rapportent les synoptiques. La différence entre ces logia est si grande qu’elle conduit inévitablement à la conclusion suivante : si Jésus parlait comme le dit l’Évangile selon Jean, il ne pouvait parler comme le disent les Évangiles synoptiques, et inversement. La sincérité incomparable et la beauté sans égale des discours contenus dans les trois premiers Évangiles, leur couleur profondément juive, tout cela plaide avec force pour que ces logia, et non la gnose obscure des discours du quatrième Évangile, appartiennent à Jésus. Les écrivains chrétiens anciens l’indiquent eux-mêmes. Ainsi, Justin affirme que les paroles de Jésus « étaient brèves et concises, car il n’était pas sophiste, et sa parole était puissance de Dieu » (βραχεῖς δὲ καὶ σύντομοι παρ᾽ αὐτοῦ λόγοι γεγόνασιν· οὐ γὰρ σοφιστὴς ὑπῆρχεν, ἀλλὰ δύναμις θεοῦ ὁ λόγος αὐτοῦ ἦν) (Just.Apol.I.14). Il est difficile d’imaginer qu’un homme continuellement occupé à sa propre glorification, et c’est ainsi que le Christ nous apparaît dans l’Évangile selon Jean, ait pu rassembler autour de lui toute une école de disciples ; au mieux, on l’aurait pris pour un aventurier ou pour un fou, et nous n’avons aucune raison d’appliquer ces caractéristiques à Jésus. Ce n’est qu’exceptionnellement que surgissent, dans le quatrième Évangile, des paroles qui pourraient réellement appartenir à Jésus (voir par exemple Jn 8:7).
Certaines parties de l’Évangile selon Jean furent probablement ajoutées par la suite ; tel est le cas de tout le chapitre 21 : les versets 20:30-31 représentent, semble-t-il, l’ancienne conclusion de l’Évangile. En tout cas, au début du IIIe siècle, Tertullien disposait du quatrième Évangile sans le chapitre 21 « Ipsa quoque clausula evangelii propter quid consignat haec scripta nisi, Ut credatis, inquit, Iesum Christum filium dei? » (Tert.Adversus Praxean.25:4 ; cf. Jn 20:31). . Beaucoup d’autres passages portent les traces de coupures et de corrections : les versets Jn 7:22 et 12:33 appartiennent manifestement à la même main que Jn 21:19 (cf. aussi Jn 3:22 et Jn 4:2).
Selon la tradition (Iren.Haer.III.1:2[1:1]), l’Évangile selon Jean fut composé à Éphèse La tradition mentionne aussi la Syrie et l’île de Patmos. , ville qui jouait un rôle immense dans la vie culturelle de l’Empire romain. C’est là que naquit Héraclite Héraclite (Ἡράκλειτος) (vers 544-vers 475 av. n. è.) était un philosophe grec, l’un des fondateurs de la dialectique ; il rejetait résolument l’anthropomorphisme des dieux. Sa philosophie place au centre le mouvement éternel et la lutte ; il nous reste des fragments de son traité Περὶ φύσεως (« De la nature »), célèbre dans l’Antiquité pour la profondeur et l’obscurité de son exposition, d’où le surnom d’Héraclite : l’Obscur. , qui créa la notion de logos. Chez Héraclite, le Logos est l’intelligibilité universelle de l’être, son rythme et sa proportion. On trouve la notion de logos chez Platon Platon (Πλάτων) (428-348 av. n. è.) était un philosophe grec originaire d’Athènes, disciple de Socrate ; il développa intensivement la dialectique et esquissa le schéma, que le néoplatonisme développera, des principaux degrés de l’être. Ses principaux écrits sont l’Apologie de Socrate, le Phédon, le Banquet, le Phèdre (doctrine des idées), le Parménide et le Sophiste (dialectique des catégories), le Timée (philosophie de la nature). et Aristote Aristote (Ἀριστοτέλης) (384-322 av. n. è.) était un savant et philosophe grec, originaire de Stagire en Thrace, disciple de Platon et précepteur d’Alexandre le Grand ; il fonda en 335 av. n. è. sa propre école, le Lycée, à Athènes ; il embrassa tous les domaines du savoir de son temps ; il fut le fondateur de la logique formelle et de la syllogistique. Ses principaux écrits sont la Physique, la Métaphysique, Du ciel, De la génération des animaux, De l’âme, l’Éthique, la Politique, la Rhétorique, la Poétique. , puis, à partir du IIIe siècle av. n. è., dans le stoïcisme, où λόγος est identifié à l’âme éthéro-ignée du cosmos et à l’ensemble des puissances formatrices à partir desquelles les choses sont « engendrées » dans la matière inerte.
Philon d’Alexandrie Voir les Sources extrabibliques dans l’Annexe 2. tenta d’unir la tradition vétérotestamentaire aux doctrines du stoïcisme, du néoplatonisme et du néopythagorisme Sur la philosophie de Philon d’Alexandrie, voir en détail : Schürer E. Geschichte des Jüdischen Volkes im Zeitalter Jesu Christi. Band 3. 3te Auflage. Leipzig: Hinrichs, 1898. S. 487-562 ; Zeller Ed. Die Philosophie der Griechen in ihrer geschichtlichen Entwicklung. Band 3.2. 4te Auflage. Leipzig: Reisland, 1903. S. 385-467 ; Überweg Fr. Grundriss der Geschichte der Philosophie: Die Philosophie des Altertums. Hrsg. K. Praechter. 12te Auflage. Berlin: Mittler, 1926. S. 572-578 ; Chadwick H. Philo and the Beginnings of Christian Thought. The Cambridge History of Later Greek and Early Medieval Philosophy. Ed. A. H. Armstrong. Cambridge: Cambridge University Press, 1970. P. 137-157 ; Ivanitski V. F. Philon d’Alexandrie. Vie et aperçu de l’activité littéraire. Kiev, 1911. . Il considérait tout le Tanakh comme une allégorie continue, interprétant par exemple la figure d’Adam comme « l’intellect qui est en nous » (ὁ ἐν ἡμῖν νοῦς, Philo. De cherub.17 [57]), celle d’Ève comme les sensations sensibles (Ibid.18 [60]), Abraham comme l’enseignement (διδασκαλία), Isaac comme la nature (φίσις), Jacob comme l’exercice (ἄσκησις), etc. (Philo. De Abrahamo.52). En même temps, Philon donna l’idée d’un Dieu absolument transcendant, opposée à l’interprétation judaïque traditionnelle du Dieu unique comme Dieu du peuple « élu ». Selon Philon, Dieu est servi par le logos (la Parole, appelée grand prêtre et Fils premier-né de Dieu) et par l’esprit du monde (Philo.Quod deus imm.6 ; Quis rer. div. her.25-26,48-49 ; et cetera). Or ce n’est rien d’autre que le prototype du dogme chrétien de la Trinité. Ce n’est pas par hasard qu’Engels appela Philon d’Alexandrie « le père du christianisme » Marx K., Engels F. Œuvres, t. 19, p. 307. .
Grâce à Apollos d’Alexandrie, compagnon d’armes et rival de l’apôtre Paul (Ac 18:24-28 ; 1 Co 1:12 ; 3:4-6 ; 4:6), et probablement disciple de Philon, le philonisme pénétra dans les milieux chrétiens au milieu des années 50 du Ier siècle. Quartus, Paul, Clément d’Alexandrie, Origène et beaucoup d’autres furent soumis à l’influence de la philosophie de Philon.
Il existe en science l’opinion selon laquelle les versets 1-5 du premier chapitre de l’Évangile selon Jean constituaient à l’origine un hymne louant le Logos, et que cet hymne ne fut rapporté à Jésus et inséré dans le texte de l’Évangile que plus tard par un rédacteur. De fait, à l’exception du premier chapitre, le Logos n’est plus mentionné dans l’Évangile selon Jean, ni dans les discours du Christ ni dans le récit de l’évangéliste.
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| Héraclite | Platon | Aristote |
Rien n’indique que le rédacteur de l’Évangile selon Jean ait eu les synoptiques sous les yeux. Certains accords entre Secundus et Quartus (cf. Mc 2:9 et Jn 5:8-9 ; Mc 6:37 et Jn 6:7 ; Mc 14:4-5 et Jn 12:5) doivent sans doute s’expliquer par des souvenirs communs. Le professeur Z. Poniatowski a calculé, dans son Essai d’histoire des religions, que Quartus ne coïncide avec les synoptiques qu’à hauteur de 8 %, les 92 % restants représentant l’apport personnel du quatrième évangéliste au récit sur le Christ Kosidowski Z. Récits bibliques ; Récits des évangélistes, trad. du polonais. Moscou: Politizdat, 1990, p. 333. . Mais la principale différence entre les synoptiques et l’Évangile selon Jean est ailleurs : le Jésus des Évangiles synoptiques est une personne tout à fait réelle, dotée de tous les traits d’un homme vivant ; le Christ de Quartus perd presque tous ses traits humains, il est le Logos, la Parole de Dieu faite chair.
La date de composition de l’Évangile selon Jean est fixée entre 95 et 100, bien qu’il existe une opinion selon laquelle il serait apparu parmi les premiers Évangiles, y compris avant les synoptiques, car on y rencontre, outre des coïncidences avec l’Évangile selon Marc, le plus ancien dans le système synoptique, des coïncidences, jusque dans la phraséologie, avec les manuscrits de Qumrân Allegro J. The Dead Sea Scrolls and the Origins of Christianity. N.-Y., 1958, p. 128 ; Brown R. New Testament Essays. N.-Y., 1965, p. 138 ss ; Dodd C. H. The Interpretation of the Fourth Gospel. Cambridge, 1953, p. 74 ss ; Amusin I. D. Les manuscrits de la mer Morte. Moscou: Académie des sciences de l’URSS, 1960, p. 245. , avec lesquels les chrétiens n’avaient probablement pu se familiariser qu’avant 73.
| Papyrus 52 — le plus ancien témoin néotestamentaire | ![]() |
Une preuve de l’apparition précoce du quatrième Évangile peut être trouvée dans les Philosophumena, où il est dit à propos du gnostique Basilide (IIe siècle) : « Ceci, dit-il, est ce qui est dit aussi dans l’Évangile : “Il était la lumière véritable, qui éclaire tout homme venant dans le monde” » (Hippol.Philosoph.VI.2:29 ; cf. Jn 1:9). Basilide, vers 125, connaissait donc probablement déjà le quatrième Évangile et le reconnaissait. Le gnostique Valentin (? - vers 160) semble l’avoir connu également (Iren.Haer.I.3:6 ; III.11:10[11:7]). En outre, en 1920, Bernard P. Grenfell découvrit en Égypte un petit fragment papyrologique de l’Évangile selon Jean (voir fig. 22). Les dimensions de ce feuillet sont aussi réduites (64 x 89 mm) que son contenu : seulement cinq versets du chapitre 18, 31-33 et 37-38. Ce fragment de papyrus (p52) est néanmoins le plus ancien témoin du Nouveau Testament connu à ce jour Roberts C. H. An Unpublished Fragment of the Fourth Gospel in John Rylands Library. Manchester: Manchester University Press, 1935 ; Metzger Bruce M. Textologie du Nouveau Testament. Moscou: Institut biblique et théologique Saint-André, 1996, p. 36. . Il provient manifestement d’Oxyrhynque et date d’environ 130. Cela signifie qu’à cette époque l’Évangile selon Jean était déjà assez largement diffusé et honoré Cf. Bell H. I., Skeat T. S. Fragments of an Unknown Gospel and other Early Christian Papyri. London; Oxford University Press, 1935 ; Ivanov A. I. Témoins textuels des écrits sacrés du Nouveau Testament. Travaux théologiques, fasc. 1. Moscou: Éditions du Patriarcat de Moscou, 1960, p. 66. .






