Primus affirme que ce discours fut prononcé sur une montagne (Mt.5:1) ; Tertius, au contraire, dit qu’il fut donné « dans un lieu uni » (Lc.6:17). Cette contradiction entre les évangélistes n’a d’ailleurs pas grande importance pour nous, car le soi-disant Sermon sur la montagne est un recueil des paroles de Jésus les plus autorisées du point de vue de l’authenticité, et non un discours prononcé d’un seul trait. Quelqu’un, peut-être l’apôtre Matthieu lui-même, rassembla ces Logia Kyriaka comme un code de morale chrétienne. De plus, la Loi de Moïse avait été donnée par Yahvé sur le mont Sinaï (Ex.19:20) ; de même, selon Primus, la Loi du Messie devait elle aussi être donnée d’une montagne, et c’est pourquoi le premier évangéliste « fait monter » Jésus sur une montagne.

« Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir » (Mt.5:17), est probablement un logion inauthentique. En revanche, de nombreuses autres paroles du chapitre 5, notamment sur la colère, l’adultère, le divorce, la non-résistance au mal et l’amour des ennemis, paraissent authentiques et portent la marque du style de Jésus.

La prière du Seigneur se présente dans deux rédactions, chez Matthieu et chez Luc. L’examen des manuscrits anciens, notamment du papyrus P75, montre que la forme courte, commençant simplement par Πάτερ, « Père », est probablement la plus ancienne, et que plusieurs clauses plus développées ont été ajoutées plus tard par harmonisation liturgique.

Ainsi, la version authentique pouvait avoir à peu près cette forme :

 
Πάτερ,\ ἁγιασθήτω τὸ ὄνομά σου·\ ἐλθέτω ἡ βασιλεία σου·\ τὸν ἄρτον ἡμῶν τὸν ἐπιούσιον δὸς ἡμῖν σήμερον·\ καὶ ἄφες ἡμῖν τὰ ὀφειλήματα ἡμῶν,\ ὡς καὶ ἡμεῖς ἀφήκαμεν τοῖς ὀφειλέταις ἡμῶν·\ καὶ μὴ εἰσενέγκῃς ἡμᾶς εἰς πειρασμόν.

L’invocation « que ton nom soit sanctifié » et « que ton règne vienne » est très probablement empruntée par Jésus au Qaddish juif. La rétroversion araméenne la plus plausible commence donc par אַבָּא et conserve des formules comme יִתְקַדַּשׁ שְׁמָךְ et תֵּיתֵי מַלְכוּתָךְ.

Les paroles du chapitre 6 sur le trésor dans le ciel, le service de Dieu ou de Mammon, l’abandon à la providence, les oiseaux du ciel, les lis des champs et l’interdiction de juger sont pleinement dans l’esprit de Jésus. Le logion sur les perles jetées aux porcs (Mt.7:6), bien qu’il ne soit rapporté que par Primus, a lui aussi toutes les apparences de l’authenticité.

Enfin, les versets Mt.7:13-27, s’ils sont authentiques, appartiennent plutôt à une phase plus tardive du ministère public de Jésus qu’au noyau premier du sermon.