« Jésus n’est pas une personne historique réelle. Il n’a jamais vécu, il n’a jamais existé dans l’histoire. Il est un mythe, une fiction. » C’est ainsi qu’on nous enseignait dans les institutions soviétiques. Dans sa lutte contre la religion, l’athéisme soviétique adopta la position la plus radicale : le christianisme serait un préjugé précisément parce qu’est un préjugé la foi en l’existence réelle sur terre de son Fondateur. Tous les savants n’acceptèrent pas sans réserve ce postulat ; beaucoup, se référant à Engels, admettaient qu’un prédicateur palestinien nommé Jésus avait bien existé et que la naissance de la nouvelle religion lui devait beaucoup. Quoi qu’il en soit, la position officielle de l’athéisme « scientifique » était catégorique : Jésus est un mythe. Cette théorie, cependant, traversait sans cesse des crises. L’esprit de la prédication évangélique s’accordait mal avec l’idée d’une simple compilation, et les découvertes archéologiques, notamment le fragment du quatrième Évangile découvert par Bernard P. Grenfell (P52), indiquaient que le christianisme est né au Ier siècle, non au IIe comme l’affirmaient les mythologistes.

Les partisans de la conception mythologique se mirent alors à chercher avec plus d’ardeur des ressemblances entre les personnages mythiques de l’Antiquité et Jésus. Après la découverte des manuscrits de Qumrân, l’école mythologiste fut encouragée par les mots du savant français A. Dupont-Sommer, l’un des premiers chercheurs de Qumrân : « Le Maître galiléen tel qu’il est donné dans le Nouveau Testament est, sous bien des rapports, une saisissante réincarnation du Maître de Justice » Dupont-Sommer A. Aperçus préliminaires sur les manuscripts de la Mer Morte. Paris, 1950, p. 121. . De plus, en 1972-1973, le savant espagnol José O’Callaghan publia une série d’articles Voir, par exemple : O’Callaghan Jose. New Testament Papyri in Qumran Cave 7? // Journal of Biblical Literature. Philadelphia, 91, 1972, suppl. № 2, pp. 1-14 ; O’Callaghan J. Tres probables papiros neotestamentarios en la cueva 7 de Qumran. // Studia Papyrologica, 11, 1972, pp. 83-89 ; O’Callaghan J. Sobre los papiros griegos de la cuova 7 de Qumran. // Boletin de la Asockcion Espanola de Orientalistas, 7, 1972, pp. 205-206 ; O’Callaghan J. Les papyrus de la grotte 7 de Qumran. // Nouvelle Revue Theologique, 95, 1973, № 2, pp. 188-195. où il proposait d’identifier certains fragments de la grotte 7 comme des passages néotestamentaires En particulier, 7Q 4 = 1 Tm 3,16 ; 4,3 ; 7Q 5 = Mc 6,52-53 ; 7Q 6,1 = Mc 4,28 ; 7Q 6,2 = Ac 27,38 ; 7Q 7 = Mc 12,7 ; 7Q 8 = Jc 1,23-24 ; 7Q 9 = Rm 5,11-12 ; 7Q 10 = 2 P 1,15 ; 7Q 15 = Mc 6,48. . Mais dès sa première publication, ses identifications furent unanimement contestées par les papyrologues et les théologiens Baillet M. Les manuscrits de la Grotte 7 de Qumran et le Nouveau Testament. // Biblica, vol. 53, 1972, № 4, pp. 508-516 ; Baillet M. Les fragments grecs de la grotte 7 de Qumran et le Nouveau Testament. // Orient Chretien. Actes du 29e Congres international des orientaiistes. P., 1975, pp. 4-10. Benoit P. Notes sur les fragments grecs de la grotte 7 de Qumran. // Revue Biblique. P., 79, 1972, № 3, pp. 321-324 ; Benoit P. Nouvelle note sur les fragments grecs de la grotte 7 de Qumran. // Revue Biblique. P., 80, 1973, № 1, pp. 5-12. Roberts C. H. On Some Presumed Papyrus Fragments of the New Testament from Qumran. // The Journal of Theological Studies, 23, 1972, pp. 445-447. Urban A. C. Observaciones sobre ciertos papiros de la Cueva 7 de Qumran. // Revue de Qumran. P., № 30, 1973, pp. 233-251. L’hypothèse d’O’Callaghan reste très fragile : la plupart des fragments ne conservent que quelques signes isolés et pas un seul mot entier, à l’exception de και et de l’article το. . Enfin, comme nous l’avons déjà montré en étudiant la vision du monde des Esséniens Voir § 10. , le Maître de Justice et son enseignement diffèrent profondément de Jésus et de sa doctrine. Si le Nouveau Testament et les manuscrits de Qumrân emploient parfois des expressions ou des images voisines, cela renvoie seulement à l’atmosphère commune d’une époque. Il n’est pas exclu non plus que certains Esséniens, quittant leur secte, aient rejoint l’ecclésia chrétienne en y apportant certaines habitudes et certains concepts.

L’argument principal sur lequel s’est édifiée la conception mythologique est le suivant : dans les sources non chrétiennes du Ier siècle et de la première moitié du IIe, on ne parle presque pas de Jésus. On en a conclu qu’en dehors de la communauté chrétienne rien n’était connu du Christ à cette époque, et l’on en est venu à penser qu’il n’était qu’un produit de l’imagination des premiers chrétiens.

Cette situation embarrassait vraisemblablement déjà les apologètes chrétiens anciens, qui inventèrent des récits fantastiques où tel ou tel grand de ce monde rendait hommage au Messie Jésus de son vivant. Ainsi Tertullien imagina la fable selon laquelle Tibère aurait eu l’intention d’inscrire Jésus au nombre des dieux (Tert.Apol.5:2), et d’autres auteurs ecclésiastiques répétèrent cette assertion absurde.

Autre exemple de la facilité avec laquelle on faisait alors passer pour authentique tout ce qui pouvait servir la propagande chrétienne : la prétendue Lettre du Christ au roi d’Édesse Abgar, qu’Eusèbe affirme avoir tirée des archives d’Édesse et qu’il cite dans sa traduction grecque d’un original syriaque (Eus.HE.I.13:2-10). Selon lui, Abgar V, malade incurable, ayant entendu parler des guérisons opérées par Jésus à Jérusalem, lui envoya un courrier avec une lettre le reconnaissant comme Dieu ou Fils de Dieu et lui demandant de le guérir et, s’il le souhaitait, de venir s’installer chez lui pour échapper aux persécutions des Juifs. Jésus lui aurait répondu par écrit en faisant même allusion à une formule du quatrième Évangile, rédigé bien après sa mort. Tout cela suffit à montrer qu’on ne saurait accorder une confiance absolue, même à un auteur aussi autorisé qu’Eusèbe de Césarée.

La lecture mythologique de la personne de Jésus fut probablement formulée pour la première fois par Charles Dupuis (1742-1807 ou 1809), astronome et homme de loi français, dans son ouvrage Origine de tous les cultes, où le Christ est présenté comme le double de Mithra, dieu du soleil Dupuis C.-F. Origine de tous les cultes, ou Religion universelle. Paris, 1974. . À peu près à la même époque parut l’essai du médecin Constantin-François Volney (1757-1820), Les Ruines, qui exprimait des idées proches : même en admettant que Jésus ait pu exister, Volney rejetait comme faux tous les témoignages sur lui et interprétait sa vie évangélique comme un mythe « sur la course du soleil dans le zodiaque » Le traité de Volney fut publié en traduction russe abrégée à Moscou en 1930. . L’un des admirateurs les plus fervents de Dupuis fut Bruno Bauer (1809-1882), auquel Engels reprochait d’être allé « beaucoup trop loin » et d’avoir fait disparaître « tout terrain historique » sous les récits néotestamentaires concernant Jésus et ses disciples Marx K., Engels F. Œuvres, t. 22, p. 474. . Plus tard on peut citer parmi les défenseurs de cette lecture W. Smith, Kalthoff, P.-L. Couchoud, Dujardin et surtout Arthur Drews.

Beaucoup de chercheurs ont autrefois nié l’historicité de Jésus, y compris en Union soviétique. Mais revenons aux documents anciens. Est-il vrai que l’on ne savait rien de Jésus au Ier siècle et dans la première moitié du IIe ?

Pline le Jeune (61 ou 62 - v. 114), légat impérial en Bithynie et au Pont vers 111-113, demande dans une lettre à Trajan ce qu’il faut faire des chrétiens (Epist. X.96). Il explique qu’il les interroge, qu’il fait exécuter les obstinés, qu’il libère ceux qui renient le Christ, sacrifient aux dieux et maudissent le nom du Christ. Il rapporte aussi que les chrétiens avaient coutume de se réunir avant l’aube pour chanter un hymne « au Christ comme à un dieu », et qu’ils s’engageaient à ne commettre ni vol, ni brigandage, ni adultère, ni fraude Certains ont même prétendu que ces lignes auraient été insérées au XVIe siècle par Giocondo di Verona. . Malgré les doutes de quelques-uns, la plupart des savants considèrent ce texte comme authentique, d’autant que Tertullien le cite pratiquement mot pour mot au début du IIIe siècle Passage latin cité de _Tert._Apol.2:6. . Si des chrétiens avaient fabriqué une telle lettre, ils auraient difficilement pu l’introduire dans le corpus administratif de la correspondance de Pline avec Trajan ; de plus, avant Tertullien et Minucius Felix, le latin n’était pas la langue du christianisme Le rescrit d’Hadrien peut, lui, susciter davantage de doutes quant à son authenticité. .

Le point important est que Pline écrit : « au Christ comme à un dieu » (quasi deo) ; il sait donc que, pour les chrétiens, le Christ n’est pas seulement une entité divine, mais aussi un homme. Toutefois, il connaît très peu de choses de la personne de Jésus. Pour le légat romain, le Christ n’intéresse guère que comme symbole d’une « superstition grossière ». Sur la seule base de Pline, on ne peut donc pas encore établir l’historicité de Jésus avec certitude, puisque ce qu’il dit de lui lui vient seulement des chrétiens.

Le second témoignage important est celui de Tacite. Vers 116, dans ses Annales, il décrit l’incendie de Rome de 64 et rapporte que Néron, pour détourner les soupçons, accusa les chrétiens. Tacite y mentionne le Christ exécuté sous Ponce Pilate, au temps de Tibère. C’est un témoignage de grand poids, même s’il est bref et ne dit rien de détaillé de la vie de Jésus.

On trouve encore chez Suétone deux formules célèbres. Dans la vie de Néron, il note que les chrétiens, « sorte de superstition nouvelle et malfaisante », furent punis. Dans la vie de Claude, il écrit que l’empereur expulsa les Juifs de Rome parce qu’ils causaient sans cesse des troubles sous l’impulsion d’un certain Chrestus Comparer cependant Dion Cassius, LX.6. . Ici, le nom est déformé : Chrestus. Couchoud a voulu y voir un autre personnage, peut-être un esclave fugitif ; mais aucun agitateur connu de ce nom n’est attesté sous Claude, tandis que nous savons, par les auteurs chrétiens anciens et les inscriptions, que le nom des chrétiens était souvent déformé en Chrestiani La forme féminine Χρήστη est attestée, mais sans preuve que sa porteuse fût juive. Tertullien insiste lui-même sur cette mauvaise prononciation. Les détails phonétiques et épigraphiques sont conservés dans la note originale. Orose lisait d’ailleurs chez Suétone Christus. . Il est donc très probable que les païens romains aient compris le terme christiani comme si leur chef portait le nom personnel de Chrestus.

En définitive, l’historiographie romaine dit très peu de Jésus et ne tranche pas entièrement la question.

L’apologétique chrétienne a longtemps accordé une très grande valeur à ce qu’on appelle le Testimonium Flavianum : « En ce temps-là vivait Jésus, homme sage, si toutefois on peut l’appeler un homme. Car il accomplissait des prodiges et enseignait les hommes qui recevaient avec joie la vérité. Il attira à lui beaucoup de Juifs et de Grecs. C’était le Christ. Bien que Pilate, sur l’accusation des principaux de notre peuple, l’eût condamné à la croix, ceux qui l’avaient d’abord aimé ne cessèrent pas de l’aimer. Car il leur apparut vivant le troisième jour, comme les prophètes envoyés de Dieu l’avaient annoncé… » (Jos.AJ.XVIII.3:3). Il ne fait guère de doute que cette forme grecque du passage est une interpolation pieuse d’un copiste chrétien, fabriquée à la charnière des IIIe et IVe siècles. Il est en effet impossible qu’un pharisien fidèle au judaïsme, tel Josèphe, ait pu affirmer tranquillement que Jésus était le Messie et qu’il était ressuscité le troisième jour.

Cependant, au début du XXe siècle, Alexandre Vassiliev publia le texte arabe de l’Histoire universelle d’Agapius, et Shlomo Pines attira plus tard l’attention sur une citation de Josèphe chez Agapius, différente de la version grecque commune. On y lit en substance : « En ce temps-là il y avait un homme sage nommé Jésus. Sa conduite était bonne, et il était renommé pour sa vertu ; beaucoup de Juifs et d’autres nations devinrent ses disciples. Pilate le condamna à être crucifié et à mourir ; mais ceux qui étaient devenus ses disciples ne renoncèrent pas à leur disciple. Ils racontaient qu’il leur était apparu trois jours après sa crucifixion et qu’il était vivant ; peut-être était-il le Messie dont les prophètes avaient annoncé les merveilles » Kitab al-‘unvan publié par A. Vasiliev dans Patrologia orientalis. Le terme arabe en question peut être rendu par « peut-être ». Références à Vassiliev, Pines et à l’édition française conservées. . Ce passage reflète peut-être le texte authentique de Josèphe, préservé par des traductions syriaques anciennes. Origène, en tout cas, connaissait un Josèphe qui « ne croyait pas en Jésus comme Christ » (Orig.CC.I.47), tandis qu’Eusèbe connaissait déjà une version retravaillée.

On a également soutenu que la version slave de la Guerre des Juifs garderait des traits remontant à un original araméen Mechtcherski N. A. Histoire de la guerre des Juifs de Josèphe Flavius dans la traduction russe ancienne. Moscou-Leningrad, 1958, p. 14. . Mais les « témoignages » qu’elle contient sur Jésus dépendent manifestement de l’Évangile selon Matthieu et de la version grecque du Testimonium Flavianum ; ils ne peuvent donc venir de Josèphe lui-même et sont probablement bien plus tardifs.

Dans les Antiquités judaïques (XX.9:1), rédigées vers 93, figure un autre passage sur Jésus. La plupart des critiques, y compris les plus sceptiques, le tiennent pour authentique. Évoquant l’activité d’Anân, fils du grand prêtre qui avait interrogé Jésus, Josèphe rapporte qu’il fit comparaître devant le Sanhédrin « Jacques, frère de Jésus, appelé Christ (τὸν ἀδελφὸν Ἰησοῦ τοῦ λεγομένου Χριστοῦ) », ainsi que quelques autres, et les fit condamner à la lapidation. Un copiste chrétien, s’il avait inventé cette phrase, n’aurait guère employé la tournure « appelé Christ », qui introduit précisément une distance.

Sur la question qui nous occupe, les témoignages de Josèphe sont bien plus précieux que ceux des historiens romains.

Il existe aussi des mentions de Jésus dans le Talmud Pick B. ; Herford R. T. ; etc. . Nous y reviendrons plus loin. Le Talmud ne doute pas que Jésus ait accompli des guérisons miraculeuses ; il prétend qu’il avait « rapporté la magie d’Égypte dans des incisions faites à sa chair » הוציא כשפים ממצרים בסריטה שעל בשרו , c’est-à-dire sous forme de signes magiques tatoués.

Tous les autres témoignages extra-bibliques sur Jésus qui prétendent remonter au Ier siècle ou à la première moitié du IIe sont de grossières falsifications Il s’agit notamment de prétendues « notes » de personnages comme Hormisius ou Eishu, qui sont des faux modernes. .

Pour nous, les lettres de l’apôtre Paul ont une valeur inestimable pour confirmer l’historicité de Jésus. Même les représentants les plus radicaux de l’école mythologique reconnaissent qu’une partie de ces documents provient d’un même homme, probablement nommé Paul Kryvelev I. A. La Bible : analyse historico-critique. Moscou, 1982, p. 56. . Les mythologistes ont certes prétendu que les lettres pauliniennes n’auraient été rédigées qu’au IIe siècle Ibid., p. 57-58. Van den Berg van Eysinga G. A. Littérature chrétienne primitive. Moscou, 1930, p. 37. , mais ce point de vue était déjà peu convaincant autrefois et ne l’est plus aujourd’hui Dès 96, Clément de Rome cite une lettre de Paul. . Il est désormais admis que les lettres authentiques de Paul ont été écrites au Ier siècle, avant même la destruction du Temple de Jérusalem. La datation tardive de l’école mythologique procède d’un cercle logique vicieux : les écrits néotestamentaires seraient du IIe siècle parce que Jésus n’aurait jamais vécu, et Jésus serait mythique parce que les écrits et la foi en lui n’apparaîtraient qu’au IIe siècle.

Certes, certaines lettres traditionnellement attribuées à Paul ont pu être retouchées, complétées ou ne pas être de lui ; mais un point demeure décisif : dès le milieu du Ier siècle, un Juif nommé Shaoul-Paul professait ouvertement sa foi au Messie Jésus ressuscité et connaissait personnellement ses plus proches disciples, Pierre et Jean (Ga 1,18 ; 2,9.11.14), ainsi que d’autres personnes qui avaient connu Jésus (1 Co 15,5-7 ; Ga 1,19). Si l’on admet cela, aucune interprétation purement mythologique de la personne de Jésus ne tient plus.

Il n’y a rien d’étonnant à ce que les renseignements sur Jésus et les chrétiens soient si maigres chez Josèphe, dans le Talmud et chez les auteurs grecs et romains. Pour les Grecs et les Romains, le christianisme se perdait sur le fond sombre du judaïsme ; ce n’était à leurs yeux qu’une querelle interne à une nation méprisée.

L’argument selon lequel Jésus ne serait pas une personne historique parce qu’il n’est pas mentionné dans les sources gréco-romaines anciennes est tout simplement erroné. En logique, c’est une forme d’argumentum ad ignorantiam. Il est significatif que les sources gréco-romaines du Ier siècle ne gardent pas le silence sur Jésus et les chrétiens : elles manquent tout simplement, car toute l’historiographie pertinente du Haut-Empire antérieure à Tacite et Suétone est perdue, à l’exception du bref ouvrage de Velleius Paterculus, rédigé trop tôt, en 29. Chez Tacite et Suétone, en revanche, les chrétiens apparaissent déjà. En outre, si l’on appliquait aux personnages historiques les critères que les mythologistes appliquent à Jésus, il faudrait déclarer pseudo-historiques non seulement Diogène de Sinope et Socrate, mais, je le crains, Platon lui-même.

Les œuvres de Josèphe nous sont parvenues par des copistes chrétiens, qui pouvaient omettre librement ce qui déplaisait à leur foi. Il a peut-être parlé de Jésus et des chrétiens plus abondamment que ne le laisse voir la version conservée. Le Talmud, lui aussi, a subi de grandes amputations sous la censure chrétienne ; bien des Juifs furent brûlés pour la simple possession d’ouvrages jugés blasphématoires La baraïta de Sanhédrin 43a fut retirée à plusieurs reprises du Talmud. . Aucun manuscrit original du Talmud ne nous est parvenu ; les nombreux témoins conservés dans les bibliothèques du monde entier Catalogues manuscrits d’Amsterdam, Berlin, Bologne, Breslau, Vienne, Venise, Hambourg, Jérusalem, Cambridge, Copenhague, Karlsruhe, Leyde, Livourne, Londres, Leipzig, Madrid, Mantoue, Milan, Modène, Munich, Naples, New York, Oxford, Paris, Parme, Rome, Saint-Pétersbourg, Tolède, Turin, Philadelphie, Francfort, Fulda. sont tous postérieurs à l’an 1000.

Munich Cod. hebr. 95, fol. 342r

Munich Cod. hebr. 95, fol. 342r\ Manuscrit munichois du Talmud de Babylone (Sanhédrin 43a-b)\ avec effacement des passages « gênants »

Le critère principal qui convainc de l’historicité de Jésus le Galiléen, et non de son caractère mythique, est le fait que le Fondateur était Nazaréen (Mc 1,24 ; 14,67 ; Jn 1,44-45). Plus loin, au fil de l’enquête, on verra combien d’efforts les évangélistes ont dû déployer pour démontrer qu’il était descendant du roi David et né à Bethléem de Judée. S’il avait été un personnage mythique, il nous serait présenté autrement : comme un Juif portant le nom d’Emmanuel עִמָּנוּאֵל signifie en hébreu : Dieu avec nous ; en grec Ἐμμανουήλ ; en russe Emmanouil. (Is 7,14 ; Mt 1,23) et né à Bethléem, sans même mention de Nazareth. Il est difficile aussi d’imaginer qu’un Messie purement mythologique eût été livré à un supplice aussi infamant que la crucifixion.