L’apôtre Thomas, si l’on peut dire, a eu de la chance : deux Évangiles portent son nom, l’Évangile de Chenoboskion et l’Évangile de l’Enfance, qui n’ont rien de commun entre eux. Il est vrai qu’aucun des deux n’a été reconnu par l’Église comme inspiré.

Je ne reproduirai pas ici le texte entier de l’Évangile de Thomas Pour le texte complet de l’Évangile de Thomas, voir : Nag Hammadi Codex II, 2-7. Vol. I: Gospel According to Thomas, Gospel According to Philip, Hypostasis of the Archons, and Indexes. Ed. B. Layton. Leiden – New York – Københaum – Köln: Brill, 1989 (Nag Hammadi Studies 20). P. 37–128. Pour la traduction russe, voir : Apocryphes des anciens chrétiens. — Moscou : Mysl’, 1989. — P. 250–262. , mais seulement les sentences qui n’ont pas de parallèle dans le canon et dans lesquelles ne sont pas enchâssées des maximes gnostico-spiritistes Les logia de l’Évangile de Thomas sont cités ici dans la traduction de M. K. Trofimova, candidate ès sciences historiques. . Pour la numérotation, je suivrai la version de J. Doresse, qui fut le premier, en 1959, à proposer une division du document en 118 unités ; par la suite, beaucoup de chercheurs ont adopté la division en 114 logia.

« Jésus a dit : que celui qui cherche ne cesse pas de chercher jusqu’à ce qu’il trouve ; quand il aura trouvé, il sera bouleversé ; et lorsqu’il sera bouleversé, il s’étonnera, et il régnera sur le Tout » (Thom.1). Un parallèle de cette parole se trouve dans les logia d’Oxyrhynque : « Que le chercheur ne s’arrête pas […] il a trouvé ; et quand il a trouvé, il s’est étonné […] lorsqu’il s’est étonné, il régnera […] il trouvera le repos » (Pap. Ox.654.1:5a) ; et dans l’Évangile des Hébreux : « Il est écrit dans l’Évangile des Hébreux : celui qui s’étonne régnera, et celui qui règne trouvera le repos » (Evangelium secundum Hebraeos. — Clem.Strom.II.9:25). Ailleurs, Clément d’Alexandrie cite une version plus développée de cette parole, mais sans renvoi à l’Évangile des Hébreux : « Celui qui cherche ne s’arrêtera pas avant d’avoir trouvé ; celui qui trouve sera frappé d’étonnement ; celui qui est frappé d’étonnement régnera ; et celui qui régnera trouvera le repos » (Clem.Strom.V.14:96). Les analogies entre ces logia permettent de supposer qu’ils renferment un certain noyau historique.

« Jésus a dit : heureux le lion que l’homme mangera, et le lion deviendra homme. Et maudit l’homme que le lion mangera, et le lion deviendra homme » (Thom.7 ; cf. 1 P.5:8). Peut-être A. Ch. Puech a-t-il raison de proposer la lecture finale : « l’homme deviendra lion ». Quoi qu’il en soit, ce logion paraît inauthentique, car la Torah interdit de manger la chair du lion (Lv.11), et bâtir des allégories sur un tel sujet eût été considéré comme blasphématoire par les Juifs.

« Jésus a dit : pourquoi lavez-vous l’intérieur de la coupe sans comprendre que celui qui a fait l’intérieur a fait aussi l’extérieur ? » (Thom.93). Cette parole, peut-être authentique, se rapporte vraisemblablement directement à la controverse sur les purifications (Mc.7:1-15).

« Jésus a dit : le Royaume [du Père] est semblable à une femme qui porte une cruche pleine de farine et marche sur une route éloignée. L’anse de la cruche se brisa, la farine se répandit derrière elle sur le chemin. Elle ne le savait pas, elle n’avait pas compris ce qu’il fallait faire. Lorsqu’elle arriva chez elle, elle posa la cruche à terre et la trouva vide » (Thom.101). Quant à l’authenticité ou non de cette parabole, nous ne pouvons rien dire ni pro ni contra.