L’Évangile de l’Enfance, dit de Thomas, fut composé dans la seconde moitié du IIe siècle. Il n’a absolument aucune valeur historique. Il raconte des miracles accomplis par Jésus entre l’âge de cinq et douze ans. On y sent l’influence du gnosticisme, et Irénée le relie aux marcosiens, disciples du gnostique Marc (Iren.Haer.I.13:1[20:1]). Dans ce texte, Jésus ne « grandit » pas simplement « en sagesse » (Lc 2,40) ; dès l’âge de cinq ans, il apparaît déjà comme un thaumaturge tout-puissant et cruel, rempli de la Sagesse divine.

Voyons-en quelques extraits Le texte est cité d’après la traduction d’I. S. Svencitskaïa sur l’édition française de Michel C. Évangiles apocryphes. Paris, 1924 ; voir aussi Tischendorf, Evangelia Apocrypha. Leipzig, 1876. P. 140-180. .

« Moi, Thomas l’Israélite Il s’agit apparemment de l’apôtre Thomas. , je raconte pour que vous connaissiez, frères d’entre les nations, tout ce qui concerne l’enfance de notre Seigneur Jésus-Christ et les grandes choses qu’il fit après être né dans notre pays.

Lorsque l’enfant Jésus eut cinq ans, il jouait près d’un gué. Il rassembla l’eau qui coulait dans de petites flaques, la rendit pure et la commanda d’un mot. Puis il pétrit de l’argile et modela douze moineaux. C’était le sabbat. Jésus frappa dans ses mains et cria aux oiseaux : “Envolez-vous !” Et ils s’envolèrent en pépiant.

Mais le fils d’Anne le scribe se tenait là ; il prit une branche et dispersa l’eau que Jésus avait rassemblée. Voyant cela, Jésus se mit en colère, et l’enfant se dessécha tout entier.

Ensuite, Jésus traversait de nouveau le village. Un garçon accourut et le heurta à l’épaule. Jésus se fâcha, et l’enfant tomba aussitôt mort. Les parents du petit vinrent alors reprocher à Joseph : “Avec un tel fils, tu ne peux pas vivre parmi nous ; nos enfants périssent.” Joseph appela le garçon et le gronda. Mais Jésus répondit : “Ils doivent être punis.” Et aussitôt ceux qui l’accusaient devinrent aveugles.

Quelques jours plus tard, Jésus jouait sur le toit d’une maison, et l’un des enfants qui jouaient avec lui tomba d’en haut et mourut. On accusa Jésus de l’avoir poussé. Alors il descendit, s’approcha du corps et cria : “Zénon Nom grec extrêmement rare chez les Juifs de Palestine. , lève-toi et dis-moi : est-ce que je t’ai jeté d’en haut ?” Et l’enfant se releva aussitôt : “Non, Seigneur, tu ne m’as pas poussé, tu m’as relevé Cf. Ac 20,9-12. .”

Quelques jours plus tard, un jeune homme fendait du bois ; la hache lui entailla le pied et le sang coulait abondamment. Jésus fendit la foule, toucha le pied blessé, et il guérit aussitôt.

Joseph décida alors que Jésus devait apprendre les lettres. Il le conduisit chez un maître. Le maître dit qu’il commencerait par lui enseigner l’alphabet grec Apprendre les lettres grecques en Palestine, c’était à peu près comme prêcher l’athéisme scientifique dans une église. . Mais Jésus ne répondit pas. Il dit au maître : “Si tu es vraiment maître et si tu connais bien les lettres, dis-moi ce qu’est alpha, et moi je te dirai ce qu’est bêta.” Le maître se mit en colère et le frappa à la tête. Jésus le maudit, et il tomba mort Plus tard, un autre maître le félicite, et le premier ressuscite. .

Il arriva encore que Joseph envoya son fils Jacques chercher du bois. Jésus l’accompagna. Tandis que Jacques ramassait des branchages, un serpent le mordit à la main. Jésus s’approcha, souffla sur la morsure ; aussitôt la douleur disparut, la bête éclata, et Jacques fut guéri. »

L’auteur poursuit ensuite avec d’autres résurrections et guérisons, puis reprend presque mot pour mot le récit de Luc sur la visite de Jésus au Temple à l’âge de douze ans (Lc 2,41-51).

L’Évangile de l’Enfance fut traduit au haut Moyen Âge en syriaque, copte, arménien et géorgien ; on en possède aussi des versions éthiopienne et arabe.

Dans les listes russes anciennes de livres interdits, il apparaît sous les titres Histoire de Thomas l’Israélite et Enfance du Christ.

En Occident, il a servi de base au pseudo-Matthieu latin, apocryphe encore plus abondant en détails merveilleux.