05 Ministère public de Jésus
45. Adieux à la Galilée
Un jour, se réveillant très tôt dans la maison de Pierre, alors qu’il faisait encore nuit, les disciples de Jésus ne trouvèrent pas leur maître : le Fondateur était parti sans rien dire, comme en fuite. Ils le cherchèrent, puis, l’ayant retrouvé, lui demandèrent : « Tous te cherchent ; pourquoi es-tu parti ? » Il leur répondit : « Allons ailleurs, dans les bourgades voisines, afin que j’y prêche aussi ; car c’est pour cela que je suis sorti (ἐξῆλθον) » (Mc.1:35-38). Il y avait une lutte dans le cœur du Fondateur, des doutes peut-être, mais il ne quitta pas sa voie.

\ Capharnaüm. Ruines de la synagogue
Dès lors, Jésus voyagea sans cesse : Bethsaïde, Capharnaüm, Chorazin, Magdala, Naïn, jusqu’au jour où il partit finalement vers le nord, « dans les régions de Tyr et de Sidon » (Mt.15:21 ; Mc.7:24), peuplées presque exclusivement de païens (Jos.Vita.13).
Sidon (Σιδών), ou en hébreu Tsidon (צִידוֹן, Gn.49:13), est la plus ancienne ville du territoire d’Aser, sur la côte orientale de la Méditerranée, l’actuelle Saïda, à 35 kilomètres au nord de Tyr. Tyr (Τύρος), ou Tsor (צוֹר, 2 S.5:11 ; 24:7 ; Is.23:1 ; Jér.25:22 ; Am.1:9 ; Ez.26:2 ; Za.9:2 ; Os.9:13), était une ville marchande d’abord construite sur une île en Phénicie ; Alexandre le Grand la rattacha ensuite au continent, l’actuelle Sour.
Après quelque temps, Jésus revint vers le lac de Génésareth, à Bethsaïde (Mt.15:29 ; Mc.7:31 ; 8:22).
On raconte qu’Hérode Antipas entendit parler des miracles accomplis par Jésus et désira les voir. Pendant un temps, on alla même jusqu’à répandre le bruit que Jésus était Jean-Baptiste ressuscité, ou même le prophète Élie (Mt.14:1 ; 16:14 ; Mc.6:14-15 ; Lc.9:7-9 ; 23:8).
À cette époque, l’attitude de Jésus envers Jean-Baptiste avait changé. Il fallait d’une part confirmer que Yohanan hamtabel était bien le précurseur promis par Dieu au Messie, et d’autre part expliquer pourquoi Jean ne s’était pas joint à l’école de Jésus, autrement dit pourquoi il n’avait pas reconnu en lui le Messie.
Jésus déclara que Jean était un prophète, « et plus qu’un prophète. Car c’est de lui qu’il est écrit : “Voici, j’envoie mon ange devant ta face, pour préparer ton chemin devant toi.” En vérité, je vous le dis, parmi ceux qui sont nés de femmes, il n’en a pas paru de plus grand que Jean-Baptiste ; cependant, le plus petit dans le Royaume des cieux est plus grand que lui (cf. Thom.51. — Iesu 0). Depuis les jours de Jean-Baptiste jusqu’à présent, le Royaume des cieux est forcé, et ce sont les violents qui s’en emparent ; car tous les prophètes et la Loi ont prophétisé jusqu’à Jean. Et, si vous voulez le comprendre, c’est lui qui est Élie, qui devait venir » (Mt.11:9-14 ; Lc.7:24-29). Par ces paroles, on affirmait que Jean était le précurseur, voire Élie revenu, mais qu’il appartenait à l’ancienne génération des serviteurs de Yahvé antérieurs au temps messianique ; par conséquent, le moindre dans le Royaume nouveau du Messie serait plus grand que le Baptiste.
Non seulement Nazareth rejetait Jésus, mais même les villes du bord du lac, généralement bien disposées envers lui, ne croyaient pas toutes au Fondateur. Jésus se plaignait souvent de l’incrédulité et de la dureté de cœur qu’il rencontrait : « Malheur à toi, Chorazin ! malheur à toi, Bethsaïde ! car, si les miracles faits au milieu de vous avaient été faits dans Tyr et Sidon, il y a longtemps qu’elles se seraient repenties dans le sac et la cendre ; c’est pourquoi je vous le déclare : au jour du jugement, Tyr et Sidon seront traitées moins rigoureusement que vous. Et toi, Capharnaüm, élevée jusqu’au ciel, tu seras abaissée jusqu’au séjour des morts ; car, si les miracles faits au milieu de toi avaient été faits à Sodome, elle subsisterait encore aujourd’hui ; c’est pourquoi je vous le déclare : au jour du jugement, le pays de Sodome sera traité moins rigoureusement que toi » (Mt.11:21-24 ; Lc.10:12-15).
Bien sûr, toute la Galilée ne croyait pas en Jésus, et la réaction des Galiléens satisfaisait de moins en moins le Fondateur. Bien qu’on l’accueillît relativement bien, personne ne songeait à le voir comme Messie (Mt.16:13-14 ; Mc.8:27-28 ; Lc.9:18-19). Jésus repartit donc vers le nord, chez les goyim, dans les environs de Césarée de Philippe (Mt.16:13 ; Mc.8:27).
Nous ne savons pas si Jésus entra dans Césarée même ou s’il ne fit que circuler dans ses environs (Mc.8:27). Pendant plusieurs années, le Fondateur passa près de Tibériade, résidence de son tétrarque Hérode Antipas (Jos.Vita.9), sans y entrer, bien que celui-ci « cherchât à le voir » (Lc.9:9). Peut-être en allait-il de même à proximité de Césarée, résidence d’Hérode Philippe : Jésus en longeait les environs sans y pénétrer, évitant apparemment toutes les grandes villes de type païen.

Piémont de l’Hermon
Octavien avait donné à Hérode le Grand Panéade et ses environs, situés entre le Trachon et la Galilée. Dans cette région, au pied de l’Hermon L’Hermon (חֶרְמוֹן) est une montagne située à la frontière nord de la Palestine, dans la partie sud de l’Anti-Liban (40 km de long, 2814 m d’altitude) ; aujourd’hui Djebel esh-Sheikh, montagne du prince, ou Djebel et-Tali, montagne de neige. Dans l’Antiquité, on le connaissait aussi sous les noms de Siryon, S’nir (Dt.3:9) et Sion (Dt.4:48). , se trouvait la célèbre grotte du dieu Pan. On pensait que la source du Jourdain jaillissait à proximité. Hérode le Grand orna ce lieu merveilleux d’un splendide temple de marbre blanc en l’honneur d’Octavien (Jos.AJ.XV.10:3 ; BJ.I.21:3 ; III.10:7). Son fils, le tétrarque Philippe, rebaptisa Panéade en Césarée (Jos.AJ.XVIII.2:1) ; et, pour ne pas la confondre avec Césarée Maritime, on en vint à l’appeler Césarée de Philippe.
Au voyageur qui montait, durant les jours d’été, de la plaine brûlante vers les contreforts de l’Anti-Liban, il semblait qu’en arrivant près de Césarée de Philippe il était passé d’un pays torride à la fraîcheur paradisiaque des jardins. La nature des environs de Césarée était très riche : on y rencontrait lions, panthères, cigognes, et sur ce sol fertile poussaient cèdres et cyprès.
Et c’est là, dans les environs de Césarée, qu’eut lieu l’un des faits les plus célèbres de la vie de Jésus : les disciples du Fondateur reconnurent enfin que leur maître était le Messie, et Jésus lui-même en acquit apparemment ici la conviction définitive, sur les contreforts méridionaux de l’Anti-Liban. « Jésus s’en alla, avec ses disciples, dans les villages de Césarée de Philippe ; en chemin il les interrogeait : […] et vous, qui dites-vous que je suis ? Pierre lui répondit : tu es le Christ » (Mc.8:27,29).
C’est le premier tetelestai ; le second sera sur la croix (Jn.19:30). Maintenant que la parole « Ant’h hou M’shiah (אַנְתְּה־הוּא מְשִׁיחַ), en araméen : Tu es le Messie », avait retenti, il n’était plus possible de reculer ; dès lors, le chemin jusqu’au Golgotha était tracé.
Jésus ne pouvait pas demeurer longtemps parmi les païens ; il mettait avant tout son espoir dans les Juifs, auxquels le liait le monothéisme. Il revint donc à Capharnaüm (Mt.17:24).
Selon la chronologie que nous retenons, en l’an 29 la fête de Soukkot commençait les 12 ou 13 octobre, mais on dressait déjà les huttes dès le soir du 8. « La fête juive des Tabernacles approchait […] alors lui aussi monta à la fête […] » (Jn.7:2,10).
Jésus ne reviendra plus en Galilée.
« Les renards ont des tanières, et les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête » Mt.8:20 ; Lc.9:58. L’authenticité de ce logion n’est pas absolument certaine ; cf. les paroles attribuées à Tibérius Gracchus (Plutarchus. Tiberius et Gaius Gracchus.9:5). . De Soukkot à Pâque, il y a six mois ; dans six mois, Jésus trouvera où reposer sa tête, sur le Golgotha, lorsqu’« ayant baissé la tête, il remit l’esprit » (Jn.19:30).