01 Introduction
7. Esquisse de l'histoire du peuple juif
Remarques préliminaires
Écrire l’histoire d’un pays, d’un État, d’une ethnie ou d’un peuple, surtout s’il s’agit d’un grand peuple, est une tâche très complexe, qui demande des moyens considérables. Je ne me suis pas proposé d’examiner en détail l’histoire d’Israël, ce qui exigerait un ouvrage distinct, mais seulement de rappeler au lecteur les grands moments du passé de ce peuple. Les faits indiqués ci-dessous sont donc seulement ceux qui ont une importance majeure dans l’histoire des Juifs et dans la question qui nous intéresse.
Il faut aussi noter que beaucoup de constructions chronologiques actuellement admises dans la science reposent sur des données purement hypothétiques ; les dates ci-dessous, relatives à l’histoire du peuple juif, comportent donc une certaine marge d’erreur.
L’Exode
Au XIIIe siècle av. n. è., les Israélites envahirent le territoire de la Palestine. Ce n’est qu’à partir de leur entrée en Canaan qu’ils devinrent un peuple historique ; c’est là que commence l’historia hebraica.
Rien ne nous empêche de supposer que les Israélites vinrent précisément d’Égypte en Canaan, comme l’affirme la Bible. Après l’expulsion des Hyksôs, les pharaons de la XVIIIe dynastie transférèrent la capitale de l’Égypte d’Avaris à Thèbes. La tribu bédouine à partir de laquelle se forma, au cours du processus historique, le peuple israélite, ou du moins les tribus de Lévi, de Juda et de Benjamin, resta au pays de Gessen, où elle menait une vie pastorale séparée et adorait même les dieux égyptiens (Jos 24:14). Lorsque les pharaons de la XIXe dynastie arrivèrent au pouvoir et que Ramsès II (1317-1251 av. n. è.) décida de s’installer dans le delta du Nil et d’y construire, à l’emplacement d’Avaris ruinée, une nouvelle capitale, la ville de Ramsès, plus tard connue sous le nom de Tanis, le pharaon contraignit les Sémites au travail servile, se souvenant sans doute qu’à l’époque de l’occupation hyksôs les nomades venus de Canaan avaient été les favoris des Hyksôs.
Ramsès II soumit la Palestine et la Syrie, mais se heurta à un adversaire plus puissant, les Hittites, avec lesquels il conclut, vingt et un ans plus tard (1296 av. n. è.), après une guerre sanglante, une « paix éternelle », scellée par le mariage de la fille du roi hittite Hattusili avec Ramsès II.
Au milieu ou dans la seconde moitié du XIIIe siècle av. n. è., probablement sous le pharaon Mérenptah, les esclaves israélites, après avoir accumulé des armes et pris de force aux Égyptiens (Ex 12:36 ; cf. Celse chez Origène. — Orig.CC.III.5,7,9) des bijoux et des biens, sortirent d’Égypte. Le chef des Israélites fut peut-être un homme nommé Moshe, Moïse L’étymologie et l’origine de ce nom ne sont pas entièrement claires. On peut le rapprocher de l’égyptien mess, mesu, « enfant ». Mais il est plus probable que le nom Moshe corresponde au participe actif du verbe hébreu משה, « celui qui tire hors de ». Flavius Josèphe affirme en outre (Jos.CA.I.31) que « le nom Moïse (ΜΩΥΣΗΣ) signifie sauvé des eaux, car les Égyptiens appelaient l’eau moi » ; ailleurs (Jos.AJ.II.9:6), il écrit : « […] parce que les Égyptiens appellent l’eau mo (μω), et les sauvés isès (υσης) ». La proximité phonétique des racines égyptienne et hébraïque crée un jeu de mots qui unit les deux sens. À mon avis, le nom Μωῡσῆς est un nom autonome, non la translittération du nom hébreu משֶׁה ; ce sont en réalité deux noms différents, bien que proches par le son. .
Il existe toutefois une lacune sérieuse dans le calcul de la date de l’Exode des Israélites hors d’Égypte, car la plupart des savants considèrent que Jéricho fut détruite au XIVe siècle av. n. è. ; elle n’aurait donc pas pu être détruite par les Israélites, comme l’affirme la Bible (Jos 6). La solution de cette contradiction doit probablement être cherchée dans les tablettes cunéiformes découvertes dans les ruines de la capitale du pharaon Akhenaton, l’actuel site arabe de Tell el-Amarna. Dans cette correspondance diplomatique, datée du XIVe siècle av. n. è., les vassaux cananéens de l’Égypte informent le pharaon que des tribus du désert, appelées habiru, les attaquent et les pillent. Si ce nom cache d’anciennes tribus hébraïques, il est possible qu’elles aient envahi Canaan plus d’un siècle avant les Israélites sortis d’Égypte. Il est curieux que l’une de ces lettres mentionne un chef militaire nommé Jésus. La question se pose d’elle-même : s’agirait-il du Josué biblique ?
L’orientaliste américain Powell Davies en conclut qu’une branche des anciens Hébreux ne fut peut-être jamais en Égypte, ou la quitta avant Moïse, envahit Canaan et, sous la conduite d’un certain Jésus, détruisit Jéricho au XIVe siècle, entre autres villes.
Selon cette version, la partie nord de la Palestine était habitée par les descendants de ces anciens Hébreux qui n’avaient jamais été en Égypte, ou l’avaient quittée en des temps immémoriaux ; la partie sud, la Judée, était occupée par les Israélites, descendants de ceux qui étaient sortis d’Égypte, c’est-à-dire la tribu de Lévi, à laquelle s’étaient probablement jointes les tribus de Juda et de Benjamin.
Les deux groupes étaient séparés par de profondes divergences de traditions, de coutumes et de religion : les gens du nord vénéraient les dieux El et Baal, et c’est dans leur milieu que naquirent les parties du Pentateuque où apparaissent les noms El, Elohim (dans la traduction synodale : Dieu) ; les gens du sud vénéraient le dieu Yahvé, et c’est dans leur milieu que naquirent les parties de la Torah où ce nom apparaît (dans la traduction synodale : Seigneur). Une lecture attentive de la Genèse montre que le premier chapitre de ce livre est né au nord, tandis que le second, ou sa partie ancienne, est né au sud, et que les deux ne furent compilés ensemble que plus tard ; c’est ce qui explique les contradictions dans la succession de la création du monde entre les deux chapitres. Il est possible aussi que les légendes relatives au chef des méridionaux, Moïse, et au chef des septentrionaux, Josué, qui vécurent apparemment à des siècles différents, aient été réunies en un seul récit où Josué devint l’aide et le successeur de Moïse (Ex 2 et suiv. ; Ex 17:8-13 ; 33:11 ; Nb 13:1-16 ; 14:6-9 ; 27:18-23 ; Dt 3:28 ; 31:23 ; 34:9 ; Jos, entier). En outre, la version de Davies est en quelque sorte confirmée par l’antagonisme entre le royaume d’Israël, au nord, et le royaume de Juda, au sud (voir par exemple 2 R 14:8-15) Kosidowski Z. Récits bibliques ; Récits des évangélistes, trad. du polonais. Moscou: Politizdat, 1990, p. 104-116. .
Juges, rois et division des royaumes (vers 1220-931 av. n. è.)
Dans la seconde moitié du XIIIe siècle av. n. è., les Israélites envahirent la Palestine. En luttant contre les Moabites, les Ammonites et d’autres tribus, les Hébreux devinrent peu à peu un peuple sédentaire. Outre les Bédouins, un nouvel adversaire les pressait : les habitants de la plaine qui séparait de la mer la région montagneuse occupée par les Israélites ; c’étaient les Philistins, probablement originaires de Crète.
En temps de danger militaire, des chefs de guerre appelés dans la Bible juges, shophtim, se plaçaient à la tête des Israélites. Les plus connus des juges bibliques furent Débora (דְּברָה, Deborah) (Jg 4:4 et suiv. ; Jos.AJ.V.5:2-3 ; 6:1), Jephté (יִפְתָּח, Yiftah) (Jg 11:1 et suiv. ; Jos.AJ.V.7:8-12), Samson (שִׁמְשׁוֹן, Shimshon) (Jg 13:24 et suiv. ; Jos.AJ.V.8:4-12) et Samuel (שְׁמוּאֵל, Shemuel) (1 S 1:19 et suiv. ; Jos.AJ.V.10 ; VI.2-7 ; 11:5 ; 13:5).
Pressé par les Bédouins nomades et les Philistins, Israël se trouva dans une situation critique, qui ne prit fin que lorsque le pouvoir royal fort de David réussit à unir les différentes tribus d’Israël en un tout.
Au XIe siècle av. n. è., une monarchie hébraïque se forma sur le territoire de la Palestine (1 S 10:1 et suiv. ; Jos.AJ.VI.5:4). Son premier roi fut Saül (שָׁאוּל, Shaul) (vers 1030-vers 1010), le second David (דָּוִד ou דּוִיד) (vers 1010-vers 970) (2 S 2:4 ; 5:3-4 ; Jos.AJ.VII.2:2), sans compter Ishbosheth, qui, après Saül, fut roi pendant deux ans sur la partie nord du pays (2 S 2:8-10 ; Jos.AJ.VII.1:3-4 ; 2:1).
Vers l’an 1000, après avoir chassé les Jébuséens de Jérusalem, David s’en empara et en fit la capitale de tout le royaume (2 S 5:6 et suiv. ; Jos.AJ.VII.3:2). Jérusalem occupait non seulement une position naturellement forte sur le mont Sion (צִיּוֹן, Tsiyyon), qui s’élève à 800 m au-dessus du niveau de la mer, mais elle était aussi protégée par des murailles imprenables. David vainquit en outre les Philistins et s’empara ainsi des dernières villes fortifiées du Canaan montagneux (2 S 8-10 ; 21:15 et suiv.).
Le successeur de David fut son fils, le roi Salomon (שְׁלמה, Shelomo) (vers 970-931) (1 R 2:12 ; Jos.AJ.VIII.1:1), au nom duquel sont associées l’édification du Temple de Jérusalem et la construction du palais royal (1 R 5:1 et suiv. ; 7:1 et suiv. ; Jos.AJ.VIII.3).
Après la mort de Salomon, la monarchie se divisa en deux parties : la partie nord prit le nom d’Israël ; la partie sud, celui de Juda, ou Judée. Israël (יִשְׂרָאֵל, Yisrael) exista de 931 à 722 ou 721 av. n. è. ; Juda (יְהוּדָה, Yehudah), de 931 à 587 av. n. è.
Fin du royaume d’Israël (931-721 av. n. è.)
À l’époque du roi assyrien Téglath-Phalasar Ier (vers 1115-vers 1050 av. n. è.), son peuple commença sa politique de conquête en se rapprochant de la Palestine ; ces puissants conquérants introduisirent une méthode particulière de traitement des vaincus, qui devait ensuite être fatale à Israël. Le vainqueur se contentait d’ordinaire de piller largement le peuple vaincu, de lui extorquer une promesse de soumission et de lui imposer un tribut, mais il laissait les classes dirigeantes du pays conquis dans la situation où elles se trouvaient avant la conquête et ne modifiait pas sa politique. Alors, à la première occasion favorable, le peuple soumis, conduit par ses classes dirigeantes, tentait de secouer le joug détesté. Les Assyriens, eux, paralysaient les forces du peuple vaincu en lui retirant ses couches dominantes et en les déportant dans une région éloignée.
Le premier roi assyrien à pénétrer en Syrie, à Alep, Hamath et Damas, fut Salmanasar II (858-824). Dans un rapport cunéiforme de l’année 842, il mentionne le tribut payé par le roi d’Israël.
En 734, les petits États de Canaan, dont Israël, conclurent une alliance dirigée contre l’Assyrie En hébreu : Ashur (אַשּׁוּר), ou Ashurah (אַשּׁוּרָה). . Ils voulurent attirer Juda de leur côté, mais celui-ci entra au contraire en alliance avec l’Assyrie ; le roi assyrien Téglath-Phalasar III (745-725) Le nom de ce roi connaît différentes lectures : Phéglaffellasar, Tiglat Pil’eser (תִּגְלַת־פִּלְאֶסֶר). envahit les territoires de Galaad et de Galilée, apaisant ainsi provisoirement la coalition anti-assyrienne (2 R 15:29 et suiv.).
La fin d’Israël survint sous le roi Osée, qui, espérant l’appui de l’Égypte, refusa en 724 de payer tribut aux Assyriens. Mais l’Égypte n’envoya aucune aide, et le roi assyrien Salmanasar V (726-722) En hébreu : Shalman’eser (שַׁלְמַנְאֶסֶר). se dirigea vers Israël, captura Osée et assiégea Samarie ; après trois ans de siège, la ville se rendit déjà à Sargon II (סַרְגוֹן, 722-705) (2 R 17:1-6 ; 18:9-11 ; Jos.AJ.IX.14:1).
D’après les données assyriennes, 27 290 Israélites furent emmenés et installés en Assyrie ; à la place du royaume d’Israël détruit (אֶפְרָיִם, Ephraïm), les Assyriens établirent des représentants de différents peuples et tribus venus de villes babyloniennes insoumises. Leur mélange avec les Israélites restés en Éphraïm donna naissance à une nouvelle communauté ethnique : les Samaritains Le mot Samaritain vient naturellement du nom de la capitale d’Israël ; en hébreu : שׁוֹמְרוֹנִי [shomroni] ; en grec : Σαμαρείτης [Samaritès]. Sur l’histoire et la religion des Samaritains, voir : J. W. Nutt. A Sketch of Samaritan History, Dogma, and Literature. London: Trübner and Co, 1874 ; J. E. H. Thomson. The Samaritans: their testimony to the religion of Israel. Edinburgh-London: Oliver and Boyd, 1919 ; Rybinski Vl. P. Les Samaritains : aperçu des sources pour l’étude du samaritanisme. Histoire et religion des Samaritains. Kiev: Barski, 1913. (2 R 17:24 et suiv. ; Jos.AJ.IX.14:3). Quant aux tribus du nord d’Israël, elles disparurent comme ethnie : soit elles furent assimilées dans les limites de la monarchie assyrienne, soit la disparition des tribus du nord d’Israël représente un aspect de la diaspora juive qui nous demeure inconnu.
Fin du royaume de Juda (721-587 av. n. è.)
Après la chute d’Israël, la Judée fut tributaire de l’Assyrie (2 R 18:13 et suiv.), puis tenta, par diverses alliances, de se libérer du joug assyrien. Tout cela eut pour conséquence que le roi assyrien Sennachérib (סַנְחֵרִיב, 704-681) L’édition synodale de la Bible suit, dans la lecture du nom de ce roi, la Septante : Σεν(ν)αχηριμ, Sennachérim ; selon la version accadienne, le nom de ce roi est Sin-ah-erib. dut battre en retraite (2 R 18:17-19:37 ; Jos.AJ.X.1).
Au milieu du VIIe siècle av. n. è., le roi assyrien Assurbanipal (669-630/626), ayant envahi l’Égypte et battu les troupes du pharaon Taharqa (685-664), s’empara de Thèbes et imposa un tribut au roi judéen Manassé. Les Assyriens furent chassés d’Égypte sous le pharaon Psammétique Ier (663-609), vers 650.
À partir de ce moment, l’attention des Assyriens fut de plus en plus attirée vers le nord, où poussaient des nomades belliqueux : Cimmériens, Mèdes, Scythes. En 625, les Scythes envahirent l’Asie antérieure, mais, après avoir pillé tout le pays jusqu’aux frontières de l’Égypte, ils se retirèrent vingt-huit ans plus tard.
En 623, Babylone (בָּבֶל), profitant de la faiblesse de la monarchie assyrienne, proclama son indépendance et conclut une alliance avec la Médie (מָדַי). Onze ans plus tard, le roi babylonien Nabopolassar s’empara de Ninive (נִנְוֵה, Nineveh), capitale de l’Assyrie.
Le pharaon égyptien Neko II tenta, en 609, d’aider l’Assyrie dans sa lutte contre Babylone ; mais le roi judéen Josias barra la route aux Égyptiens à Megiddo (מְגִדּוֹ), où il fut tué (2 Ch 35:20-27 ; Jos.AJ.X.5:1). Neko Dans le Tanakh, le nom de ce pharaon s’écrit de deux façons : נְכה (2 R 23:29) et נְכוֹ (Jr 46:2), mais se lit de la même manière : Neko. plaça ensuite Joachim à Jérusalem comme son vassal (2 R 23:34 ; Jos.AJ.X.5:2).
En 606, Babylone, alliée à la Médie, mit fin à la monarchie assyrienne et marcha vers le sud afin de contrôler la route de l’Égypte. Mais les Babyloniens, conduits par Nabuchodonosor II (605-561) Dans le Tanakh, le nom de ce roi s’écrit de plusieurs façons : נְבֻכַדְנֶאצַּר (2 R 24:1), נְבוּכַדְרֶאצַּר (Jr 46:2) ; il semble préférable de retenir la variante נְבֻכַדְנֶצַּר (Dn 2:1), Nebukadnetsar. Dans la Septante, la graphie habituelle est Ναβουχοδονοσορ, passée dans la traduction synodale. , rencontrèrent alors les troupes de Neko, qui avait déjà atteint la Syrie du Nord. À la bataille de Karkemish (605 av. n. è.), les Égyptiens furent écrasés (Jr 46:2 ; Jos.AJ.X.6:1), et la Judée devint vassale de Babylone (2 R 24:1 ; Jos.AJ.X.6:1). Elle passa ainsi de main en main, perdant peu à peu toute autonomie.
En 597, la Judée refusa le tribut à Babylone, mais cette révolte prit fin presque sans combat : Jérusalem fut assiégée par Nabuchodonosor et se rendit à sa merci. Comme les Assyriens, les Babyloniens emmenèrent en captivité environ 10 000 Judéens : le roi Jéconias et toute sa cour, l’aristocratie, les militaires et les riches citadins. Nabuchodonosor donna cependant à Juda un nouveau roi, Sédécias (2 R 24:10-17 ; Jos.AJ.X.7:1), qui tenta à son tour de secouer le joug babylonien. Nabuchodonosor marcha donc de nouveau contre Jérusalem et, après avoir aveuglé Sédécias, l’emmena à Babylone. Puis Nabuzaradan Dans le Tanakh : נְבוּזַרְאֲדָן (2 R 25:8), ou נְבוּזַר־אֲדָן (Jr 39:9). , général de Nabuchodonosor, marcha contre Jérusalem et, s’étant emparé de la capitale de Juda, mit fin à l’existence de la ville rebelle (587 av. n. è.). Nabuzaradan détruisit les murailles de Jérusalem, brûla les maisons et rasa le Temple. La population restante fut emmenée en captivité (2 R 25 ; Jr 52:3-30 ; Jos.AJ.X.8).
Restauration perse et Alexandre le Grand (587-323 av. n. è.)
Le judaïsme continua d’exister en exil comme nation, mais comme nation sans paysannerie, composée exclusivement de citadins. Cette particularité raciale des Juifs de la diaspora subsiste encore aujourd’hui.
Les Judéens déportés à Babylone se trouvaient dans des conditions relativement favorables, et ils auraient probablement connu le même sort que les Israélites du royaume du Nord. Cependant les nomades perses, conduits par Cyrus II le Grand Dans le Tanakh : כּוֹרֶשׁ (Dn 6:29 = Dn 6:28), כּרֶשׁ (Esd 1:2), Koresh. (558-530), vinrent rapidement à bout des Mèdes (550) et des Babyloniens (539), établissant sur le territoire de la monarchie assyro-babylonienne un nouvel empire, perse, mais incomparablement plus vaste, puisqu’ils y annexèrent l’Égypte et l’Asie Mineure.
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Alexandre le Grand |
Les vainqueurs du royaume néo-babylonien n’avaient aucune raison de retenir plus longtemps dans ses limites les Judéens vaincus et déportés, ni de les empêcher de retourner dans leur patrie. En 538, Cyrus publia un édit permettant aux Judéens, dont la captivité avait duré moins d’un demi-siècle, de rentrer chez eux (Esd 1-2 ; Jos.AJ.XI.1). Malgré cela, ils s’étaient déjà suffisamment adaptés aux nouvelles conditions : seule une partie d’entre eux profita de l’autorisation, tandis qu’un nombre important de Judéens resta à Babylone.
Dans la vie politique des Juifs revenus dans leur patrie, le grand prêtre jouait un rôle considérable ; il dépendait de l’un des satrapes du roi perse et disposait de certains pouvoirs de chef d’État.
En 331, Alexandre le Grand (Ἀλέξανδρος Μακεδόνιος) conquit la Perse, et la Palestine passa sous domination grecque. Le grand chef militaire accorda aux Judéens l’exemption d’impôt pendant les années sabbatiques, chaque septième année, et leur permit de vivre selon leurs propres lois (Jos.AJ.XI.8:5) ; il transféra toutefois une partie importante des Juifs à Alexandrie (Ἀλεξάνδρεια) (Jos.CA.II.4 ; BJ.II.18:7) Lopoukhin A. P. Histoire biblique de l’Ancien Testament. Montréal, 1986, p. 347. Sur les problèmes liés à la rencontre directe d’Alexandre le Grand avec l’aristocratie juive, voir : Lévi I. La Légende d’Alexandre dans le Talmud et le Midrasch. // Revue des études juives 7. Paris: Société des études juives, 1883. P. 78-93 ; Büchler A. La Relation de Josèphe concernant Alexandre le Grand. // Revue des études juives 36. Paris: Société des études juives, 1898. P. 1-26 ; Spak I. Der Bericht des Josephus über Alexander den Grossen. Königsberg: Hartungsche Buchdruckerei, 1911 ; Lévi I. La Dispute entre les Égyptiens et les Juifs. // Revue des études juives 63. Paris: Société des études juives, 1912. P. 211-215. Très probablement, les légendes judaïques de ce type, parmi lesquelles les anecdotes tirées du Talmud de Babylone. Yoma.69a et de Bereshit Rabba.41:6 sont particulièrement intéressantes, remontent au célèbre récit du Pseudo-Callisthène (Pseudo-Callisthenes. Historia Alexandri Magni.II.24). .
L’époque hellénistique (323-63 av. n. è.)
La monarchie fondée par Alexandre le Grand ne dura que jusqu’à sa mort (323 av. n. è.) et se divisa en quatre royaumes (1 M 1:5-8 ; Jos.AJ.XII.1:1), dont deux, l’Égypte et la Syrie, jouèrent un rôle très important dans l’histoire des Judéens. Pendant les guerres de succession qui suivirent, la Palestine fut la pomme de discorde entre ces deux pays ; toutefois, à la fin du IVe siècle av. n. è., le pharaon égyptien Ptolémée Ier Sôter, fils de Lagos et fondateur de la dynastie lagide, annexa la Palestine à l’Égypte, sous l’autorité de laquelle elle demeura plus d’un siècle.
Sous le gouvernement doux de la dynastie ptolémaïque lagide, les Judéens menèrent une vie paisible et relativement heureuse. Mais, en 203, le roi syrien Antiochos III le Grand (223-187), de la dynastie séleucide, arracha la Palestine à l’Égypte. Bien qu’il laissât inchangée l’organisation théocratique de la Judée et accordât même aux Judéens une subvention annuelle pour les sacrifices, les années suivantes furent loin d’être heureuses pour les Juifs. Ainsi, en 169, Antiochos IV Épiphane (175-164) pilla le Temple de Jérusalem (2 M 5:21 ; Jos.AJ.XII.5:3-4), ce qui valut à celui qui s’appelait Épiphane (ὁ ἐπιφανής, « illustre », « éminent ») d’être rebaptisé par les Judéens Épimane (ὁ ἐπιμανής, « furieux », « insensé »). L’édit qu’il publia en 167, interdisant les principales prescriptions cultuelles du judaïsme et imposant de force la religion grecque, fut la goutte qui provoqua l’explosion de la révolte (1 M 1:10-64).

Antiochos Épiphane
En 167, une insurrection contre la domination séleucide commença en Palestine sous la conduite de Mattathias (מַתִּתְיָהוּ, Mattityahu, ou מַתִּתְיָה, Mattitya), de la famille des Hasmonéens, ou Hashmonaïm (חַשְׁמוֹנָאִי, Hashmonaï) (1 M 2:1 ; Jos.AJ.XII.6:1-2 ; BJ.I.1:3). Un an plus tard, après la mort de Mattathias, son fils Juda (יְהוּדָה, Yehudah), surnommé Maccabée (מַכַּבִּי, Makkabbi, c’est-à-dire « marteau ») (1 M 3:1 ; Jos.AJ.XII.6:3-4), poursuivit la lutte ; il réussit à vaincre les troupes syriennes en rase campagne et finit par conquérir Jérusalem en 164 (2 M 10:1 ; Jos.AJ.XII.7), où les Syriens avaient une garnison.
Après la mort d’Antiochos Épiphane, son jeune fils Antiochos V Eupator (164-163) monta sur le trône, mais le général Lysias gouvernait en fait à sa place (1 M 6:17 ; 2 M 10:10-11 ; Jos.AJ.XII.9:2).
En 163, Lysias mena une immense armée contre la Judée, battit les troupes du Maccabée, obligea les Juifs à payer tribut, mais leur accorda la liberté religieuse et nomma le même Juda Maccabée commandant militaire de Jérusalem (1 M 6:48-63 ; 2 M 13:24-26).
La Judée (Ἰουδαία) n’obtint sa liberté définitive que sous Simon l’Hasmonéen (143-134), frère de Juda Maccabée, tombé en 160 à la bataille d’Éléasa (1 M 9:1-18 ; Jos.AJ.XII.11:2 ; cf. Jos.BJ.I.1:6). En 141, Simon secoua le joug séleucide (1 M 13:41) et permit au peuple juif de lui conférer des pouvoirs royaux. Une grande assemblée composée du clergé et du peuple décida que Simon serait à la fois grand prêtre (ἀρχιερεύς), chef militaire (στρατηγός) et gouvernant (ἐθνάρχης) (1 M 13:36 ; 14:17,35 ; Jos.AJ.XIII.6:7 ; BJ.I.2:2).
Après l’assassinat de Simon par son gendre Ptolémée, son fils Jean Hyrcan (134-104) monta sur le trône (1 M 16:11-22 ; Jos.AJ.XIII.7:4-8:1 ; BJ.I.2:3) et poursuivit la politique conquérante de son père : il s’empara de Moab et de la Samarie, et força les Édomites, ou Iduméens, à adopter le judaïsme (Jos.AJ.XIII.9:1 ; BJ.I.2:6-7).
Après la mort de Jean Hyrcan, son fils Aristobule, devenu grand prêtre, prit officiellement le titre royal, rétablissant ainsi en Judée un gouvernement monarchique qui n’y existait plus depuis l’exil babylonien (Jos.AJ.XIII.11:1). Ainsi, en 104 av. n. è., Aristobule Ier (104-103) devint le fondateur de la dynastie royale hasmonéenne, ou asmonéenne, bien que son commencement doive en réalité être rapporté à Simon l’Hasmonéen (Jos.AJ.XIII.11:3 ; BJ.I.3:1-6).
Sous la domination de Rome (63 av. n. è.-66 de n. è.)
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Cnaeus Pompée |
La fin du pouvoir hasmonéen fut provoquée par le général romain Cnaeus Pompée (Pompejus) le Grand, qui s’empara de Jérusalem en 63 av. n. è., limita le territoire de l’État judéen à la Judée, à la Galilée et à la Pérée, l’annexa à la Syrie et imposa un tribut aux Judéens. Il emmena en captivité de nombreux Juifs, dont l’un des principaux prétendants au trône judéen, Aristobule II, et nomma Hyrcan II grand prêtre (Strab.XVI.2:40 ; Jos.AJ.XIV.3-7 ; BJ.I.6:4-7:7 ; Tac.H.V.9).
En 54 av. n. è., Crassus pilla le Temple de Jérusalem (Jos.AJ.XIV.7:1 ; BJ.I.8:7-8).
Pendant les opérations militaires de Caius Julius Caesar en Égypte, Hyrcan II et son aide Antipater l’Édomite passèrent du côté des Romains. En reconnaissance, Jules César sépara l’État judéen de la Syrie et donna au pays une certaine autonomie, nommant Hyrcan ethnarque (47-41 av. n. è.), Antipater premier gouverneur de Judée, et le fils d’Antipater, Hérode Son nom s’écrit en hébreu הוֹרְדוֹס [Hordos] et en grec Ἡρῴδης [Hèrôdès]. , stratège de Galilée (Jos.AJ.XIV.8-9 ; BJ.I.10:3-9).
Après l’assassinat de César en 44 av. n. è., Antipater et Hérode passèrent du côté de Cassius. Lorsque, en 42, Cassius, allié à Brutus, fut vaincu par Antoine, Antipater et Hérode reconnurent aussitôt le nouveau maître (Jos.AJ.XIV.10-11).
En 40 av. n. è., Antigone, fils d’Aristobule II et dernier des Hasmonéens, se souleva contre les Romains et, avec l’appui des Judéens et des Parthes, s’empara de la Palestine (Jos.XIV.13:10 ; BJ.I.13:1-11).
La même année, Antoine nomma Hérode, partisan de Rome, roi de Palestine ; mais Hérode ne put entrer à Jérusalem et occuper le trône que trois ans plus tard, en 37 av. n. è., et encore avec l’aide des Romains. Il commença par faire exécuter Antigone et les membres de l’aristocratie qui le soutenaient (Jos.AJ.XIV.14:4 ; 16:3-4 ; XV.1 ; BJ.I.14-18).
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Monnaie d’Antigone. Bronze. 25 mm. Avers : deux cornes d’abondance et inscription hébraïque. Revers : couronne et inscription grecque. | Monnaie d’Hérode. Bronze. 23 mm. Avers : trépied et monogramme grec. Revers : casque et étoile entre deux rameaux de palmier. |
Hérode le Grand, ou Hérode Ier, suscita par sa cruauté la haine générale des Judéens. Sur son ordre furent exécutés de nombreux Juifs, dont l’épouse et trois fils du roi lui-même (Jos.XV.7:4-6,8-10 ; XVI.11 ; BJ.I.22:2-5). Apprenant ces exécutions, le princeps Princeps signifie littéralement en latin « premier », c’est-à-dire premier sur la liste des sénateurs (princeps senatus). À l’époque républicaine, certains principes du Sénat jouissaient d’une grande autorité et exerçaient souvent une forte influence politique ; sous l’Empire, à partir d’Auguste, le terme princeps senatus désigna le détenteur du pouvoir monarchique. romain Octavien Auguste déclara : « Il vaut mieux être le porc d’Hérode que son fils ! » Macrobius. Saturnalia.II.4:11. Cette phrase, comme le célèbre σπεῦδε βραδέως (= festina lente), fut probablement prononcée par Auguste non en latin (melius est Herodis porcum esse filium), mais en grec, car elle repose sur un jeu de mots : ὗς, « porc », et υἱός, « fils ». .

Octavien Auguste
Auguste protégea Hérode. Bien qu’il eût une certaine antipathie pour les cultes religieux orientaux (Suet.Augustus.93), l’empereur voulait que chaque culte, y compris le culte juif, dominât dans son propre pays (Jos.AJ.XVI.6). Il dispensa les Juifs de toute obligation civile le jour du Shabbat (Ibid.6:2) et, si l’on en croit Flavius Josèphe, offrit même des vases sacrés au Temple de Jérusalem (Jos.BJ.V.13:6).
En 4 av. n. è., Hérode Ier mourut à Jéricho (Jos.AJ.XVII.6:4 ; 8:1 ; BJ.I.33:8) Voir la chronologie d’E. Schürer (Schürer E. A History of the Jewish People in the Time of Jesus Christ. Vol. 1.1. New York: Charles Scribner’s Sons, 1891. P. 464 et sqq.). Les corrections de D. Schwartz (Schwartz D. R. Studies in the Jewish Background of Christianity. Wissenschaftliche Untersuchungen zum Neuen Testament 60. Tübingen: Siebeck, 1992. P. 157-166), si elles sont exactes, ne changent rien à la datation finale de la mort d’Hérode le Grand. , laissant trois fils héritiers et partageant entre eux la Palestine (Tac.H.V.9) : Archélaos (Ἀρχέλαος) devint ethnarque de Judée, de Samarie et d’Idumée (Jos.AJ.XVII.11:4) Déposé par Auguste en 6 (Jos.BJ.II.7:3 ; cf. Jos.AJ.XVII.13:2-3). ; Hérode Antipas (Ἀντίπας), tétrarque de Galilée et de Pérée (Jos.AJ.XVII.11:4) Déposé par Caligula en 39 (Jos.AJ.XVIII.7 ; BJ.II.9:6). ; Philippe (Φίλιππος), fils de Cléopâtre Voir Annexe 4. , tétrarque de Gaulanitide, de Batanée, de Trachonitide et d’Auranitide (Jos.XVII.11:4) Mort en 34 (Jos.AJ.XVIII.4:6 ; BJ.II.9:6). .
Pendant la dernière maladie d’Hérode Ier, les habitants de Jérusalem se soulevèrent ouvertement contre les innovations qu’il avait entreprises. La colère du peuple se porta surtout contre l’aigle d’or, symbole de l’Empire romain, qu’Hérode avait placé au-dessus de la grande porte du Temple (Jos.BJ.I.33:2-7). Les troubles furent alors réprimés par la force, mais, après la mort d’Hérode, pendant Pâque, le peuple se souleva de nouveau ; les troupes d’Archélaos ne réussirent qu’avec grande difficulté à écraser l’insurrection, en massacrant trois mille Juifs (Jos.BJ.II.1:2-3).
Quand Archélaos partit pour Rome afin de solliciter la confirmation de son titre royal, le peuple se souleva encore, et cette fois les Romains durent intervenir. Le gouverneur (ἡγεμών) de Syrie, Publius Quinctilius Varus (Οὔαρος), se hâta vers Jérusalem, réprima la révolte, puis retourna à Antioche, laissant toutefois à Jérusalem une légion sous le commandement du procurateur syrien (ἐπίτροπος) Sabinus (Σαβῖνος). Ce dernier, s’appuyant sur sa force militaire, opprimait les Judéens ; la coupe déborda. Pour la fête de Shavuot Cette fête fut rebaptisée Pentecôte par les chrétiens. , une masse de Juifs se rassembla à Jérusalem et assiégea la légion romaine (Jos.AJ.XVII.10:1-3 ; BJ.II.3:1-4).
Dans le même temps, l’agitation éclata dans tout le pays (Jos.AJ.XVII.10:8 ; BJ.II.4:1-3). Les chefs des bandes rebelles se proclamaient d’ordinaire rois de Judée et, par conséquent, Messies. En Pérée, un ancien esclave d’Hérode nommé Simon (Σίμων) rassembla une grande troupe (Jos.AJ.XVII.10:6 ; BJ.II.4:2) ; une autre était conduite par le berger Athrongès (Ἀθρόγγης) (Jos.AJ.10:7 ; BJ.II.4:3) ; mais la plus puissante était commandée par Judas (Ἰούδας) (Jos.AJ.XVII.10:5 ; BJ.II.4:1), dont le père, Ézéchias (Ἑζεκίας = חִזְקִיָּהוּ, Hizqiyyahu), avait lui aussi été un célèbre rebelle et avait été exécuté comme tel dès 47 av. n. è. (Jos.AJ.XIV.9:2-3 ; BJ.II.4:1) Renan pense (Renan E. Vie de Jésus. Paris: Michel Lévy frères, 1863. P. 62, rem. 1) que la révolte de Judas, fils d’Ézéchias, eut lieu vers 30 de n. è. (Lc 13:1 ; cf. Jos.AJ.XVII.10:5), mais c’est une erreur : compte tenu de l’année de la mort d’Ézéchias, son fils aurait eu au moins 75 ans en 30. Kautsky se trompe lui aussi lorsqu’il affirme que Judas, fils d’Ézéchias, et Judas le Galiléen sont une seule et même personne (Kautsky Karl. Der Ursprung des Christentums: eine historische Untersuchung. Stuttgart: Dietz, 1908. S. 313). Puisque Menahem, fils de Judas le Galiléen, participa à la guerre juive (Jos.AJ.XX.5:2 ; BJ.VII.7-9), il est peu vraisemblable qu’il ait pu être le petit-fils d’Ézéchias : il y a près de 115 ans entre la mort de ce dernier et le début de la guerre juive. .
Sabinus écrivit au gouverneur de Syrie une lettre d’appel dans le style : Quintili Vare, legiones redde! (cf. Suet.Augustus.23), et Varus, avec deux légions et de nombreuses troupes auxiliaires, se hâta au secours des Romains assiégés à Jérusalem. Avec grande difficulté, après un terrible massacre, le gouverneur romain de Syrie parvint à venir à bout de cette nouvelle insurrection : deux mille prisonniers juifs furent crucifiés, et un plus grand nombre encore vendu en esclavage (Jos.AJ.XVII.10:9-10 ; BJ.II.5:2).
Après la destitution d’Archélaos, Jérusalem perdit les derniers vestiges de gouvernement indépendant. Réunie à l’Idumée et à la Samarie, la Judée entra pour ainsi dire dans la province romaine de Syrie, dont le légat impérial était l’ancien consul Publius Sulpicius Quirinius (Jos.AJ.XVII.13:5).
Toute une série de gouverneurs-préfets romains, subordonnés pour toutes les affaires importantes au légat impérial de Syrie, se succédèrent : Coponius (Κωπώνιος), Marcus Ambibulus (Μᾶρκος Ἀμβιβουχος), Annius Rufus (Ἄννιος Ῥοῦφος), Valerius Gratus (Οὐαλέριος Γρᾶτος) et enfin Ponce Pilate (27-37), continuellement occupés à réprimer et prévenir toutes sortes de soulèvements juifs (Jos.AJ.XVIII.1:1 ; 2:2 ; 4:2).
En 6 de notre ère, lorsque la Judée passa sous l’administration directe de Rome, la première mesure prise fut un recensement, ou cens, afin de fixer les impôts d’après ses résultats (Jos.AJ.XVII.13:5 ; XVIII.2:1 ; BJ.II.8:1). La réponse fut une nouvelle révolte conduite par Judas le Galiléen (Ἰούδας ὁ Γαλιλαῖος), aussi appelé Judas le Gaulanite, et par le pharisien Sadok (Σάδδωκος) (Jos.XVIII.1:1,6 ; BJ.II.8:1). Judas souleva les provinces du nord, sur la rive orientale du lac de Gennésareth ; mais Sadok ne parvint pas à entraîner les habitants de Jérusalem, et le gouverneur Coponius (6-8) écrasa la révolte du Gaulanite. Son école continua cependant d’exister et conserva ses chefs (Jos.AJ.XX.5:2 ; BJ.VII.8:1).
L’empereur Tibère (14-37) fut le premier à poser la question d’une religion d’État et prit des mesures sérieuses contre la propagande juive et les autres propagandes orientales (Suet.Tiberius.36 ; Tac.Ann.II.85 ; Jos.AJ.XVIII.3:4-5 ; Philo.In Flacc.1 ; Leg. ad Gaium.24). L’empereur Caligula (37-41) annula les édits de Tibère (_Dio Cass._LX.6), tandis que Claude (41-54), bien qu’inquiet du succès des religions étrangères (Tac.Ann.XI.15) et sévère envers les Juifs de Rome (Suet.Claudius.25 ; Eus.HE.II.18:9), se montra bienveillant envers la population locale de Judée (Jos.AJ.XIX.5:2-3 ; 6:1 ; XX.6:3 ; BJ.II.12:7).
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| Tibère | Caligula | Claude |
Beaucoup, en Judée, se faisaient passer, sinon pour le Messie, du moins pour quelqu’un de proche de ce titre, et promettaient de libérer les Juifs du joug étranger par leurs exploits miraculeux. Tel fut Theudas Le nom Theudas, ou plus exactement Theudas (Θευδᾶς), vient probablement du sémitique תּוֹדָה [todah], « reconnaissance ». , qui, vers 44, entraîna une foule vers le Jourdain en affirmant que les eaux s’écarteraient devant lui (cf. Jos 3). La cavalerie du procurateur Cuspius Fadus (44-46) dispersa la foule, et Theudas lui-même fut capturé et décapité (Jos.AJ.XX.5:1 ; cf. Ac 5:36).
Une dizaine d’années plus tôt, en Samarie, un homme avait appelé les gens à se rassembler autour de lui sur le mont Garizim : il prétendait être le Messie, montrer les objets sacrés du culte enfouis (cf. 2 M 2:4-8) et aider à briser la domination romaine. Pilate réprima durement ce mouvement (Jos.AJ.XVIII.4:1-2).
Dès l’époque de Tibère, les premières communautés chrétiennes se formèrent en Palestine : les Nazôréens (Ναζωραῖοι) Jérôme écrit à Augustin : « Jusqu’à ce jour, dans toutes les synagogues d’Orient, il existe parmi les Juifs une hérésie appelée minéenne (quae dicitur Minaeorum), formellement condamnée par les pharisiens ; on les appelle ordinairement Nazôréens (Nazaraeos) ; ils croient que le Christ est le Fils de Dieu […], et disent qu’il est celui qui a souffert sous Ponce Pilate et est ressuscité ; celui-là même en qui nous croyons ; mais, voulant être à la fois Juifs et chrétiens, ils ne sont ni Juifs ni chrétiens » (Hier. Epist.112[89]:13). Selon le Nouveau Testament, le rhéteur Tertullus appelait l’apôtre Paul « chef de la secte des Nazôréens (τῶν Ναζωραίων αἱρέσεως) » (Ac 24:5). et les Ébionites (Ἐβιωναῖοι) Irénée écrit : « Les Ébionites […] reconnaissent que le monde a été créé par Dieu, mais, au sujet du Seigneur, ils professent la même opinion que Cérinthe, c’est-à-dire qu’ils ne reconnaissent pas la conception virginale, voir Iren.Haer.I.21:1[26:1]. — Iesu 0 […]. Ils n’utilisent que l’Évangile de Matthieu (l’Évangile des Ébionites. — Iesu 0), rejettent l’apôtre Paul, qu’ils appellent apostat de la Loi. Quant aux écrits prophétiques, ils s’efforcent de les expliquer subtilement ; ils pratiquent la circoncision, observent les rites de la Loi et le mode de vie des Juifs, au point d’adorer Jérusalem comme si elle était la maison de Dieu (cf. Mt 5:35. — Iesu 0) » (Iren.Haer.I.22:1[26:2]). Tertullien écrit que l’apôtre Paul, dans l’Épître aux Galates, « se dresse contre ceux qui s’attachent à la circoncision et aux rites de la Loi : telle est l’hérésie d’Ébion (Hebionis haeresis sic est) » (Tert.Praescr. haer.33). Tertullien fait ici dériver à tort le nom de la communauté ébionite d’un nom personnel, Ébion, alors que le mot ébionites vient du sémitique אֶבְיוֹן [ebyon], « pauvre ». Plus loin, Tertullien écrit que l’apôtre Jean, dans ses épîtres, « tient pour antichrist quiconque […] ne reconnaît pas Jésus comme Fils de Dieu […]. [C’est l’erreur que soutient] Ébion » (Ibidem). . Ils reconnaissaient Jésus comme Messie, ou Christ, mais continuaient d’observer les rites juifs. Selon Eusèbe (Eus.HE.III.27), les Ébionites considéraient Jésus comme « un homme pauvre et ordinaire, reconnu juste seulement pour la perfection de son caractère, et né de l’union d’un homme [Joseph] avec Marie ». Eusèbe note toutefois qu’il existe d’autres groupes du même nom qui reconnaissent que Jésus est né « de l’union du saint Esprit avec Marie, mais n’admettent pas la préexistence de son être et refusent de le confesser comme Logos et Sagesse de Dieu (voir Pr 9:1-5 ; cf. Mt 22:4 ; Lc 14:7. — Iesu 0) ». Les Ébionites, dont la secte subsista probablement jusqu’au VIIIe siècle, ne reconnurent jamais le dogme de la Trinité divine.
Bientôt, grâce à des chrétiens venus de Cyrène et de Chypre (Ac 11:19-21), une ecclésie Du grec ἐκκλησία : « assemblée », « communauté », « église ». fut fondée à Antioche. C’est là que les chrétiens reçurent leur nom (Ac 11:26). Jusque-là, les adeptes du nouvel enseignement s’appelaient croyants, fidèles, saints, frères, disciples ; ce n’est qu’à Antioche de Syrie que naquit le terme Christianus (Χριστιανός). Le suffixe latin, et non grec, de ce mot indique probablement que le nom de chrétiens fut donné aux sectaires par les autorités romaines comme sobriquet populaire. Son origine tient sans doute à un malentendu : les païens qui le donnèrent pensaient que Christos (Christus = Χριστός), traduction du mot hébreu Mashiah (מָשִׁיחַ) Littéralement : « Oint » ; en araméen : Mshiah (מְשִׁיחַ), ou Mshiha (מְשִׁיחָא), d’où le calque grec Messias (Μεσσίας), Messie. , était un nom propre (cf. Suet.Claudius.25). Chez les Juifs, ce nom ne se répandit pas : ils continuèrent d’appeler les nouveaux sectaires Nazôréens (Ac 24:5).
Hérode Agrippa Ier, frère d’Hérodiade, fils d’Aristobule et petit-fils d’Hérode le Grand, réussit vers 41 à restaurer le royaume de son grand-père. Grâce à la faveur de Caligula, il obtint de réunir sous son pouvoir la Batanée, la Trachonitide, une partie du Hauran, la Galilée et la Pérée (Jos.AJ.XVIII.7:2 ; 8:7 ; XIX.8:2). L’empereur Claude, auquel Agrippa avait facilité l’accession au pouvoir (Jos.AJ.XIX.4:1-2 ; BJ.II.11), lui donna encore, en reconnaissance, la Judée avec la Samarie, et au frère d’Agrippa le royaume de Chalcis (Jos.AJ.XIX.5:1 ; 6:1 ; BJ.II.11:5).
La mort d’Hérode Agrippa Ier, en 44 (Jos.BJ.II.11:6), mit fin à l’indépendance de Jérusalem. La ville commença à être administrée par des procurateurs, régime qui dura jusqu’à la guerre juive de 66. Claude continua pourtant de se montrer favorable aux revendications juives, principalement sous l’influence du fils d’Agrippa Ier, Hérode Agrippa II, que l’empereur aimait et gardait auprès de lui (Jos.AJ.XIX.9:2 ; XX.1:1-2). Après le bref gouvernement de Cuspius Fadus, les fonctions de procurateur furent confiées en 46 à un Juif, Tiberius Alexander (Τιβέριος Ἀλέξανδρος), neveu de Philon d’Alexandrie ; mais les Judéens n’aimaient pas le nouveau procurateur et le considéraient à juste titre comme un apostat (Jos.AJ.XX.5:2 ; BJ.II.15:1 ; 18:7-8 ; IV.10:6 ; Tac.Ann.V.28 ; Tac.H.I.11 ; II.79). Finalement, une séparation se produisit entre le principe spirituel et le principe séculier : le pouvoir politique resta aux procurateurs, tandis qu’Hérode, roi de Chalcis, fut chargé du Temple, gardien des vêtements sacerdotaux, trésorier du trésor sacré, et reçut aussi le pouvoir de nommer le grand prêtre (Jos.AJ.XX.1:3). En 48, Agrippa II hérita de la fonction de son oncle défunt (Ibid.5:2).
Au règne de Claude se rattache l’activité du Samaritain Simon de Gitta, surnommé le Magicien, ou plus exactement le Mage (Ac 8:9-24), de qui, selon Irénée (Iren.Haer.I.16:2[23:2]), « toutes les hérésies sont issues ». Les chrétiens haïssaient Simon, mais si seulement une partie des informations que l’on trouve à son sujet chez les écrivains chrétiens Just.Apol.I.26,56 ; Apol.II.15 ; Dial.120 ; Iren.Haer.I.16:2-3[23:2-4] ; 25:2[27:4] ; Ps.-Clem.Hom.1:15 ; 2:22,25 ; Tert.Apol.13 ; De anima.34 ; Orig.CC.V.62 ; Hippol.Philosoph.IV.7 ; VI.1 ; X.4 ; Eus.HE.II.13 ; Epiph.Haer.XX-XXI ; Hier.Matth.24:5. est véridique, il faut reconnaître que Simon le Mage (Σίμων ὁ μάγος) fut une personnalité hors du commun, prêchant une doctrine où s’entremêlaient les enseignements de l’école alexandrine, du bouddhisme et du parsisme.
Sous le procurateur Félix (Φῆλιξ, 52-60), un groupe terroriste se forma en Judée ; son arme favorite était le poignard. Comme cette arme s’appelait en latin sica, on les surnomma sicaires Nom. plur. : sicarii (σικάριοι). (Jos.AJ.XX.8:10).
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Flavius Josèphe |
Comme le rapporte Flavius Josèphe (Jos.AJ.XX.8:6), vers 56, un Juif égyptien vint à Jérusalem et persuada le petit peuple de l’accompagner au mont des Oliviers. Il promettait aux Judéens crédules de leur montrer comment, sur un signe de lui, les murailles de Jérusalem tomberaient, si bien qu’ils pourraient, disait-il, entrer librement dans la ville. Lorsque Félix apprit cela, il ordonna aux troupes de s’armer ; puis, à la tête d’un important détachement de cavalerie et d’infanterie, il sortit de Jérusalem et fondit sur les partisans de l’Égyptien. Il en tua quatre cents et en prit deux cents vivants. Quant à l’Égyptien, il réussit à s’échapper du combat et à disparaître (cf. Jos.BJ.II.13:5 ; Ac 21:38).
Sous l’empereur Néron (54-68), en Judée, « les brigands recommencèrent à pousser le peuple à la guerre contre les Romains, en disant qu’il ne fallait pas obéir. Ils pillaient et brûlaient les villages de ceux qui ne se joignaient pas à eux » (Jos.AJ.XX.8:6 ; cf. Jos.BJ.II.13:6). Selon le même Flavius Josèphe, le procurateur Gessius Florus (Γέσσιος Φλῶρος, 64-66) fut l’homme qui força les Juifs à commencer la guerre contre les Romains, « car il pensait qu’il valait mieux faire périr beaucoup de gens à la fois que de mettre à mort quelques individus isolés. Cette guerre commença la deuxième année du gouvernement de Florus et la douzième année du règne de Néron » (Jos.AJ.XX.11:1). La confrontation entre la cruauté des procurateurs, d’une part, et le fanatisme des zélateurs du culte de Yahvé, de l’autre, atteignit son paroxysme. Une guerre terrible commença. Le fanatisme enfanta la folie.







