03 Histoire de Jésus avant son ministère public
27. Barnasha[1].1 (« L’enfant grandissait et… progressait en sagesse… »[2])
Vers l’an 5 avant notre ère naquit un enfant. Sa patrie était la Galilée, plus précisément le village de N’céret. Huit jours plus tard, il fut circoncis (Gn 17,12 ; Lv 12,3 ; Lc 2,21) et reçut le nom de Yeshoua Voir § 12. Ce nom était extrêmement courant chez les Juifs de l’époque. .
Son père, Yosèp, et sa mère, Miryam, appartenaient à une condition modeste (cf. Lv 12,8 et Lc 2,24). Miryam était probablement fileuse Voir § 15. , et Yosèp charpentier Le grec τέκτων peut aussi signifier menuisier, maçon, ou plus largement artisan du bâtiment. (Mt 13,55).
Yeshoua avait des frères et des sœurs. Ses sœurs, à N’céret, se marièrent L’expression ὧδε πρὸς ἡμᾶς (Mc 6,3) suggère qu’elles étaient mariées à des hommes du village. . Les Évangiles donnent les noms de ses frères : Yaaqob, Yosèy, Shim‘on et Yehouda Jacques, José (ou Josie, parfois Joseph), Simon et Jude ; il est toutefois possible qu’ils aient porté d’autres noms. Voir § 19. .
Yeshoua passa les premières années de sa vie à N’céret ; c’est là qu’il reçut son éducation et sa première instruction. D’après Secundus, il fut charpentier (Mc 6,3) ; Justin affirme qu’il fabriquait des instruments agricoles, des charrues et des jougs ; une tradition ajoute qu’enfant il gardait les brebis Citation de Justin le Gnostique chez Hippolyte. . Il a pu exercer à différents moments ces divers métiers, car même les Juifs riches et instruits devaient apprendre un artisanat. De la même manière, Shaoul, le futur Paul, bien que citoyen romain et formé chez Gamaliel, travaillait comme fabricant de tentes.
Les habitants de N’céret pouvaient donc voir Yeshoua conduire ses troupeaux de chèvres et de brebis vers les collines de Zabulon et de Nephtali, vêtu d’une tunique grossière et d’un voile de laine passée, marchant en sandales tressées sur les pentes de Galilée et poussant les bêtes avec un bâton d’acacia. Ils pouvaient aussi le voir construire une maison, fabriquer un banc ordinaire ou aider son père à travailler le bois ; peut-être même, qui sait, confectionner des croix pour les suppliciés des révoltes galiléennes. Et ses proches pouvaient également le voir façonner des charrues.
Comme en Orient les enfants recevaient une instruction élémentaire, Yeshoua la reçut lui aussi, probablement auprès de son père Yosèp, ou peut-être du hazzan. Il apprit à lire et à écrire (Lc 4,16 ; Jn 8,6), mais il est probable qu’il recevait le Tanakh non dans l’hébreu original, mais en araméen. Il n’est pas certain qu’il y eût encore à N’céret, au début du Ier siècle, un bâtiment synagogal distinct Nikitine A. ; Neubauer A. ; il est possible que les habitants se réunissent simplement, le sabbat, dans une maison privée Observer les mots ἔξω στήκοντες en Mc 3,31. .
Yeshoua ne possédait pas ce degré d’érudition qui eût autorisé le titre de sopher, « scribe » (Mt 13,54 sqq. ; Jn 7,15). Le titre de rab ou rabbi De l’araméen רַבָּא, maître ; rabbi = mon maître. , que lui donnent ses disciples mais aussi des docteurs juifs, ne prouve pas en soi une haute érudition : à l’époque, toute personne jouant de fait un rôle d’enseignant pouvait être ainsi appelée. Rien, dans son enseignement, n’oblige à supposer autre chose qu’une personnalité exceptionnellement douée, studieuse, connaissant bien le Tanakh et ayant beaucoup appris dans les échanges libres avec les représentants instruits de son peuple. Nous avons déjà noté que la maison de Yosèp et Miryam baignait probablement dans une atmosphère religieuse. L’originalité, la fraîcheur et l’absence du doctrinarisme talmudique qu’on rencontre parfois jusque chez Paul confirment plutôt l’hypothèse d’un développement personnel de Yeshoua, favorisé aussi par son origine provinciale.
Il est peu probable que Yeshoua connût l’enseignement qui sera plus tard fixé dans le Talmud, bien que la pensée de Hillel ne lui ait sans doute pas été inconnue. Dans ses exhortations, il s’appuyait sur une seule autorité : le Tanakh (Mt 5,17-18), en ignorant la Torah orale. La poésie religieuse des Psaumes l’attirait particulièrement, et il y puisa plusieurs de ses expressions jusque dans les derniers instants de sa vie.
Parmi les prophètes, Yeshayahou et son école lui étaient particulièrement proches ; à part, dans cette liste, se tient le livre de Daniel : deux expressions chères à Jésus, Fils de l’homme et Royaume des cieux, viennent précisément de là.
Il est même possible que Yeshoua ait lu des livres non entrés dans le canon juif Charles R. H. The Apocrypha and Pseudepigrapha of the Old Testament. Oxford, 1973. , tels qu’Hénoch Références à Jude, 2 Pierre, et à plusieurs traditions apparentées. ou l’Assomption de Moïse Cf. Jude 9. .
Dès l’enfance, Yeshoua montait à Jérusalem (Lc 2,41-42). Pour les Juifs de province, ces pèlerinages avaient quelque chose de solennel. Le trajet de Galilée jusqu’à la capitale de Juda, qui demandait environ trois jours, passait en principe par Sichem, mais les Galiléens évitaient souvent la Samarie, dont les habitants traitaient les pèlerins avec hostilité ; ils préféraient un détour plus long mais plus sûr par la Pérée.